N’allez pas voir Space Jam 2, regardez Les Looney Tunes passent à l’action

C’est à l’été 2021 que sort, après des péripéties de production à la fois rocambolesques et complètement chiantes, Space Jam 2. Le premier volet, qui remonte à l’année lointaine et regrettée 1996, était déjà un projet totalement insensé : les Looney Tunes, Bugs Bunny en tête, recrutent Michael Jordan pour un match de basket contre des extraterrestres qui ont volé le talent de Charles Barkley, Mugsy Bogues et autres stars de l’époque. Le mélange cartoon et réel popularisé par Zemeckis et son exceptionnel Qui veut la peau de Roger Rabbit était donc devenu une terrible entreprise pécuniaire pour permettre à MJ de vendre des chaussures (un segment du film repose entièrement sur le fait qu’il a besoin de ses Nike pour jouer correctement), dans une association sur le papier totalement cynique et absurde… Mais qui n’est pas si scandaleuse que cela en vérité.

En effet, Space Jam premier du nom rentre dans la catégorie plutôt restreinte des « biopics dont les faux éléments restent encore à démontrer », puisque le scénario s’appuie sur la vraie vie de Michael Jordan. Après la mort tragique de son père, MJ quitte la NBA pour se mettre au sport favori de ce dernier, le baseball. Dans la vraie vie, de nombreux facteurs ont contribué à son retour en NBA deux ans après… Mais dans Space Jam, c’est grâce à Bugs Bunny. Et Bill Murray, qui joue aussi au basket avec les toons. Et peut-être que c’est vraiment comme ça que c’est arrivé ! Le résultat est bien plus honnête que la majorité des blockbusters d’aujourd’hui, notamment grâce à la qualité d’écriture des gags et de l’animation qui accompagne les personnages des toons, Bugs en tête (qui est crédité au générique, son nom au même niveau que celui de Michael Jordan ! Qu’est-ce que c’était bien les années 90).

Comme la Warner aime bien le profit, puisque c’est un studio de cinéma hollywoodien, ils ont immédiatement tenté de produire des suites. Quand Jordan a confirmé qu’il refusait de se farcir un tournage à nouveau, il a fallu alors abandonner la piste basketball, et la Warner a imaginé un film d’espionnage avec les toons (et JACKIE CHAN), et un film de courses automobiles (avec JEFF GORDon oui moi non plus je sais pas qui c’est). Aucun ne s’est fait en tant que tel, mais l’intérêt apporté par un nouveau basketteur star vingt ans plus tard pour la franchise Space Jam a fait renaître le projet. C’est ainsi que Space Jam 2 voit le jour en 2021 et sur un principe similaire, voire identique, associe Bugs, Daffy et les autres au seul basketteur capable de rivaliser avec Jordan pour le titre de « GOAT » (plus grand joueur de tous les temps), Lebron James.

Le résultat est, pour faire simple, absolument horrifiant, horripilant, et d’autres mots pas encore inventés qui commencent par le préfixe horri. C’est un gloubi-boulga ouvertement pécuniaire et chaotiquement capitaliste dans lequel Lebron doit, pour sauver son fils, affronter une intelligence artificielle conçue par la Warner pour exploiter toutes ses licences célèbres et se faire un max de thune. Le film lui-même admet le cynisme de sa démarche et propulse les héros dans différentes franchises célèbres du studio : Game of Thrones, Harry Potter, DC Comics, et bien évidemment Casablanca et Matrix histoire de parler au public cible. Qui est composé de… Personne, je pense.

Pour la Warner, c’est clairement la saison des pigeons.

Surtout, le film semble être un mélange de cinq histoires différentes (il l’est probablement, du fait des exigences d’un nombre trop grand d’exécutifs et producteurs sur le projet) dont une seule méritait réellement d’être traité : la disparition des Looney Tunes du catalogue Warner. En effet, Space Jam avait du sens en 1996 : Bugs Bunny était effectivement une superstar. Mais aujourd’hui, malgré un nouveau (et excellent) dessin animé sur HBO Max, le lapin gris a perdu de sa gloire d’antan… Le film aurait pu poser la question ainsi de l’esprit de mode, de la péremption de la culture, et d’un tas d’autres trucs chouettes qu’il effleure à peine sur presque DEUX HEURES de film interminables. Surtout que les Looney Tunes n’étaient pas apparus au cinéma depuis 2003…

Mais le plus dingue dans tout ça, et il était temps d’y arriver, c’est qu’en 2003, le film dans lequel ils apparaissent était déjà une sorte de Space Jam 2. Et ça s’appelle Les Looney Tunes passent à l’action. Et c’est franchement pas mal.

Vous vous souvenez des projets de suite avortés suite au film de 1996 ? Ils ont fini par se transformer en un tout nouveau projet au début des années 2000. Un projet dirigé par Joe Dante, et c’est bien pour cela qu’on en parle. Le mauvais élève gaucho rebelle du cinéma populaire des années 80, notre chouchou absolu depuis toujours essayait à l’époque de réaliser un biopic sur son idole Chuck Jones… Le créateur des Looney Tunes et des Merry Melodies. L’influence du dessinateur et animateur sur Joe Dante est flagrante, tant son cinéma s’appuie en permanence sur une mise en scène qui découle des univers de l’animation traditionnelle et de sa plastique. Et c’est pour cela que le film vaut le détour.

Les Looney Tunes passent à l’action raconte l’histoire de DJ Drake, cascadeur en galère à la Warner qui tente de retrouver les jours de gloire où il était la doublure de Brendan Fraser (il est joué par Brendan Fraser, évidemment) dans La Momie, et qui refuse de demander l’aide de son père – un célèbre acteur hollywoodien interprété Timothy Dalton – pour sa carrière. Lorsque ce dernier appelle à l’aide, révélant qu’il est en réalité un espion international (ce film est débile, oui, même Joe Dante le dit), DJ Drake embarque en mission accompagné de Daffy Duck, viré des studios par la vice-présidente comédie du studio, Kate Houghton. Accompagnée de Bugs Bunny, elle part à leur poursuite quand elle réalise que les cartoons ne fonctionnent pas sans le célèbre vilain canard.

Analyse ça, André Bazin.

Le film part dans tous les sens, certes, mais dans un chaos maîtrisé cette fois. Et surtout, il s’inscrit dans l’œuvre de Joe Dante avec une cohérence qui manque au reste de la pseudo-franchise Space Jam : en effet le cinéaste est connu pour être un obsessionnel de la référence. Dès la séquence d’introduction, une course poursuite effrénée dans le backlot de la Warner, on ne peut s’empêcher de penser au gamin Dante, qui était capable de reconnaître chaque décor réutilisé dans les films fantastiques et d’horreur produits à Hollywood. Une séquence dans la zone 52 (cherchez pas, le film est débile j’ai dit) est une occasion également pour balancer tout un tas d’extraterrestres connus du catalogue, des profanateurs de sépultures aux Daleks de Doctor Who… Mais sans jamais forcer le trait.

Comme dans Space Jam 2, la Warner apparaît comme une entité maléfique et stupide, mais il est plus facile de l’accepter quand c’est le réalisateur de Gremlins 2 qui le dit, puisque sa filmographie témoigne d’une vraie conscience des excès politiques et culturels de son pays. Mais l’intérêt du film pour Dante est surtout de balancer des milliers d’idées d’animation, gags visuels et autres délires en mouvement pour se faire plaisir. Rien que pour la séquence où le chasseur Elmer Fudd poursuit Bugs et Daffy à travers des tableaux du « Louvre » (y a pas de Georges Seurat au Louvre, mais excusons les américains de leur inculture), le film vaut le détour. Et pour la bouille de Brendan Fraser, un des acteurs les plus appréciables de l’époque. Alors plutôt que de dépenser de l’argent pour saigner des yeux en voyant Lebron James relever les sourcils de 4 à 8mm (le maximum de son jeu d’acteur) au cinéma, matez plutôt ça chez vous. Et terminez en matant une director’s cut imaginée par des fans sur Dailymotion, puisque malgré tout ce que l’on raconte ici, Joe Dante n’a eu presque aucun contrôle sur le film et a détesté la production. Au moins les studios ne changent jamais !

Les Looney Tunes passent à l’action, un film de Joe Dante avec Bugs Bunny, Daffy Duck, Brendan Fraser et Jenna Elfman. Dernier score du regretté Jerry Goldsmith.

Space Jam 2, une nouvelle ère, un film de merde avec un figurant qui joue mal The Mask.

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