Seules les bêtes : causse-tête

En 2019, Dominik Moll, réalisateur ayant connu le succès avec Harry, un ami qui vous veut du bien, s’est attelé à l’adaptation d’un roman noir de Colin Niel, Seules les bêtes. Le titre énigmatique cache un thriller sous forme de puzzle dans la campagne de Lozère.

Alors qu’une tempête de neige s’abat dans le causse Méjean, une femme disparaît. Sa voiture vide est retrouvée au bord de la route. Progressivement, le film déploie une galerie de personnages qui gravitent de manière plus ou moins directe autour du destin de cette jeune femme disparue.

Pour cela, le film se compose de plusieurs chapitres qui suivent chacun un personnage différent sur la même chronologie. On repart donc à chaque fois au début de l’histoire et on dénoue de plus en plus de fils pour comprendre ce qui s’est passé. Vous connaissez Rashomon ? C’est pas mal comme film, je vous le conseille. Ce dispositif narratif permet à Dominik Moll de s’attarder à tour de rôle sur des personnages différents qui, comme le spectateur, ne comprennent pas l’ensemble des ramifications des événements qui leur arrivent. Coincés dans leur petite partie de tableau, ils réagissent plus qu’ils n’agissent pour éviter l’issue malheureuse vers laquelle ils semblent tous se diriger. Le casting qui réunit beaucoup des acteurs à la mode du cinéma français (Denis Ménochet, Laure Calamy, Valéria Bruni Tedeschi, Damien Bonnard…) est excellent et donne vie à ces séries de quiproquos et de mauvais choix.

10 porcins

Malheureusement, la structure en récits parallèles a ce défaut qu’elle revient plusieurs fois sur la même période de temps. Cela donne au film un côté exercice ludique trop artificiel. Ainsi, on comprendra une heure plus tard pourquoi Denis Ménochet n’a pas pris une autostoppeuse au début du film. Mais cette petite gymnastique mentale du puzzle narratif empêche de creuser les émotions des personnages. On est trop tentés en tant que spectateur d’essayer de résoudre les petits mystères du film pour s’investir émotionnellement dans ce qui est raconté. Pourtant, le film aborde des sujets intéressants, notamment sur la détresse sentimentale et la capacité des hommes à croire ce qui les arrange en dépit de la réalité. Mais engoncé dans son canevas trop sophistiqué et trop lisse, il perd l’âpreté et la rugosité qui étaient nécessaires pour donner de la dimension et de la profondeur au film.

On finit donc par s’ennuyer devant Seules les bêtes, en attendant que le réalisateur finisse son puzzle devant nous. C’est d’autant plus dommage que certains moments laissent entrevoir ce qu’aurait pu faire Dominik Moll avec un peu plus de liberté. Les personnages de Michel et Joseph (Denis Ménochet et Damien Bonnard) avaient ainsi un vrai potentiel pour dévoiler des aspects touchants ou intrigants de l’âme humaine. Mais ces lueurs entrevues sont vite éclipsées pour laisser place au nécessaire et inévitable développement de l’intrigue. Seules les bêtes reste un film malin et sympathique, mais gâche son potentiel en s’enfermant dans ses propres contraintes.

Seules les bêtes, un film de Domink Moll, avec Denis Ménochet, Laure Calamy, Valéria Bruni Tedeschi, Damien Bonnard, disponible sur Ciné+

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