[Annecy 2021] Archipel : CartoGRAPHIE animée

On avait rencontré le cinéma de Félix Dufour-Laperrière il y a deux ans à Annecy, avec le magnifique Ville Neuve, fresque minutieuse et à la main d’un couple sous fond d’histoire politique québécoise. Sa manière de manier la poésie des mots, de l’insuffler dans des voix toujours douces et envolées, et d’allier intime et le macro dans des dessins très épurés avait séduit toute la ville.

Le voilà de retour dans la sélection Contrechamps avec un nouveau long-métrage : Archipel. Dans le prolongement de son travail précédent, on retrouve encore une fois ce mélange de la petite histoire et de la grande, de la fiction et de l’Histoire. Mais cette fois Dufour-Laperrière se permet vraiment l’expérimental, et ce à tous les niveaux. Cela en fait une oeuvre plus déroutante, moins facile à aborder sans doute, mais tout aussi intéressante que Ville Neuve. Il faut dire que le cinéaste a pour lui quelque chose de rare : il arrive à jouer de l’abstrait sans le rendre abscond. En soi, Archipel ressemble à du théâtre contemporain mis en scène dans un atelier dramaturgique de banlieue privilégiée parisienne… Sauf que contrairement à ce théâtre là, Archipel c’est vachement bien en fait.

A l’origine du film, il y a une question : qu’est-ce qui fait territoire ? Le film s’ouvre sur une silhouette découpée qui dessine un bout de monde. Dès lors on comprend que le cadre n’a rien de défini dans Archipel : il se cherche. Il voyage dans la psyché du réalisateur, des personnages qu’il construit à travers les textes qu’il emprunte et les voix qu’il convoque jusqu’au pays québécois qui lui-même tente de comprendre ses propres limites. L’expérimentation narrative est évidemment supporté par celle de l’animation, puisque de nombreuses techniques (dessin sur papier, découpage, rotoscopie, dessin sur prises de vue réelles) viennent dialoguer dans la quête – sûrement vaine, au sens que le cheminement importe plus que le résultat – identitaire du film.

Il y a beaucoup d’improvisation dans le geste, et cela se sent. Un mot que l’on associe pas toujours à l’horlogerie de l’animation, mais qui mériterait à être davantage mis en avant. A partir des mots, les douze animatrices et animateurs ont ainsi lancé des pistes dans tous les sens, avant de pouvoir ensuite tailler la pierre, arriver à un produit fini qui ait du sens.

Et ce sens, bien qu’en partie obtus et opaque – on est vraiment dans l’expérimental, il faut être préparé à cela -, ne peut qu’être politique. Si l’archipel est un ensemble d’îles qui sont reliés plus par l’espace que par leur nature, alors toutes les idées épars d’Archipel convergent autour de cette question de départ : qu’est-ce qui fait territoire ? Encore une fois le cinéaste ne peut s’empêcher de parler du Québec. Cet espace qu’il décrit lui-même comme paradoxal, entre conditionné par le colonialisme britannique et complice de celui-ci, à l’histoire amputée, floue, qu’il reste encore à inventer. Si sa carrière continue ainsi, on ne risque pas de le perdre de vue, ce type…

Archipel, un film de Félix Dufour-Laperrière, présenté à Annecy 2021 dans la sélection Contrechamps.

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