Petite fille : un combat pour tou.te.s

Est-ce que vous vous souvenez d’Adolescentes ? Si ce n’est pas le cas, alors vous avez loupé l’un des plus beaux documentaires de l’année. Son réalisateur, Sébastien Lifshitz, y suit le quotidien de deux jeunes filles, Emma et Anaïs, de la quatrième à la fin de leur année de terminale. Leur amitié, leurs premières amours, l’avenir, les disputes avec les parents, les drames familiaux… Adolescentes, c’est le film des premières fois. Le film d’une génération en devenir, dans un monde d’autant plus trouble. Disponible en vidéo le 9 décembre, cette sortie accompagne celle d’un autre film documentaire de Sébastien Lifshitz : Petite fille, que l’on avait hâte de découvrir…

Si Petite fille n’a malheureusement pas pu trouver le chemin des salles (malgré sa sélection à la Berlinale, foutu COVID, là encore), il se voit proposé gratuitement sur le site d’Arte au lien suivant depuis le 25 novembre dernier, et jusqu’au 30 janvier prochain, avant une diffusion sur la chaîne elle-même le mercredi 2 décembre à 20h55. Un sacrifice, en quelque sorte, pour rendre le film accessible au plus grand monde, et sensibiliser au sujet de la transidentité. Il suit le parcours de Sasha, sept ans, prisonnière d’un corps de garçon. Sébastien Lifshitz suit son parcours au quotidien, son combat et celui de sa famille pour qu’elle soit reconnue et acceptée telle qu’elle est. C’est tout simple : la patte de Sébastien Lifshitz conserve toute sa magie et sa pudeur, faisant de son documentaire un objet d’intérêt public. À l’heure où la visibilité de la communauté trans commence enfin à évoluer dans le bon sens à travers les œuvres culturelles (dans les séries de Ryan Murphy, le documentaire Disclosure, les coming-outs d’acteur.ice.s comme Elliot Page ces derniers jours), un tel film fait un bien fou !

Il y a chez Sébastien Lifshitz la volonté de montrer l’évidence, d’emblée : Sasha est une petite fille, et à aucun moment il ne sera question de le remettre en cause. Ce pourquoi ce n’est pas elle que l’on interroge en face caméra, mais plutôt sa famille. Sa grande sœur, son père, mais surtout sa mère. C’est cette dernière et Sasha qui apparaissent le plus à l’écran, dans leur combat face à l’ignorance. Aussi parce qu’il est bien plus compliqué pour un enfant de sept ans de mettre des mots sur ce qu’est la transidentité, on montrera Sasha tout simplement être ce qu’elle est. Sasha qui porte les vêtements qu’elle souhaite, Sasha qui fait de la danse (bien qu’elle soit la seule à ne pas porter un tutu contrairement aux autres petites filles du cours), Sasha et ses ami.e.s… et Sasha qui craque, dans le bureau de la thérapeute parisienne qui lui sera d’un grand secours, pour qu’elle soit reconnue telle qu’elle est.

Ce combat est ainsi ponctué de nombreux entretiens en face caméra. Quand bien même ces discussions donnent un aspect un peu plus classique à son documentaire, Sébastien Lifshitz parvient à trouver des astuces de mise en scène afin de passer outre ce classicisme. Les personnes interrogées ne font pas que regarder bêtement et simplement la caméra, on sent au contraire qu’il s’agit d’un dialogue les yeux dans les yeux avec le réalisateur, où la complicité est de mise. Le tutoiement s’impose parfois dans les mots du père, faisant disparaître totalement la caméra et donnant simplement l’impression d’assister à une discussion entre deux amis. Autant dans le discours de la mère, du père que de la sœur, c’est l’évidence, l’acceptation totale et l’empathie qui ressortent. L’entretien face caméra, c’était un procédé que Lifshitz avait utilisé au cours de toutes ses années de tournage d’Adolescentes, pour que Emma et Anaïs puissent avoir un espace de parole totalement libre, leur permettant de faire le point sur ce qu’elles sont, ce qu’elles allaient devenir. C’était en quelque sorte leur thérapie. Ces images n’ont pas fini dans la version finale du film, étant déjà suffisamment limpides à travers les multiples conversations qu’elles avaient entre elles. Ici, cette démarche peut s’imposer comme un prolongement des rendez-vous que peut suivre Sasha, où chacun.e peut avoir la liberté de poser les mots sur son ressenti dans un climat d’hostilité.

Puisque c’est aussi ça, ce que Petite fille raconte : l’hostilité dont est victime Sasha, dans différentes sphères. Aussi bien dans son école qu’auprès de ses amis. Là aussi, Sébastien Lifshitz fait toujours preuve d’extrêmement de pudeur face à la tournure des événements. Les oppresseurs, nous ne les verrons pas. Inutile de montrer la bêtise, nous la subirons déjà bien suffisamment à travers les dialogues de sourds auxquels se confrontent la mère de Sasha, ou ne serait-ce que dans le regard de l’enfant. Ce sont pourtant des lueurs d’espoir que nous laisse entrevoir le réalisateur, preuves que le combat de Sasha et sa mère ne sont pas vains. On aurait envie que ce documentaire d’une heure et vingt minutes s’étende, encore et encore, pour continuer à suivre l’évolution d’une petite fille que l’on voudrait voir un jour grande femme. Une envie que le réalisateur partageait, le jour de la diffusion du documentaire sur Arte, lorsqu’il répondait aux questions d’Elisabeth Quin dans 28 Minutes. Mais, comme il le disait, tout dépendra alors de Sasha et de sa volonté…

Petite fille, de Sébastien Lifshitz. Diffusé le mercredi 2 décembre sur Arte, disponible gratuitement sur Arte.tv du 25 novembre 2020 au 30 janvier 2021.

2 thoughts on “Petite fille : un combat pour tou.te.s

  1. Sasha, ne garcon, se vit comme une petite fille depuis l’age de 3 ans. Le film suit sa vie au quotidien, le questionnement de ses parents, de ses freres et s?ur, tout comme le combat incessant que sa famille doit mener pour faire comprendre sa difference. Courageuse et intraitable, Karine, la mere de Sasha, mene une lutte sans relache portee par un amour inconditionnel pour son enfant.

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