Annecy 2020 : On-Gaku : et si on formait un groupe de musique ?

Kenji est le leader d’une bande petits voyous lycéens flegmatiques. Un jour, alors que quelqu’un lui dépose une basse dans les mains puis l’oublie (à qui n’est-ce pas déjà arrivé ?), il décide de monter un groupe de musique avec ses comparses. Kobujutsu est né…

On commence à avoir l’habitude, mais les potes de chez Eurozoom sont bien souvent dans les bons coups. Présenté dans la sélection Contrechamps du festival d’animation d’Annecy, On-Gaku est une jolie pépite de cinéma indé japonais comme on aimerait en voir plus souvent pour nous remonter le moral.

L’esthétique du film découle de la personnalité du héros

Le héros du film, Kenji, est assez énigmatique. Lycéen qui n’en a pas l’air (crâne rasé, petite moustache), il transpire le flegme doublé d’une certaine mélancolie. C’est quelqu’un qui ne comprend pas bien ce que la vie pourrait offrir, et se contente de tuer le temps en attendant l’inverse. Même sa réputation de loubard ne semble pas très crédible, et sûrement exagérée du fait de son stoïcisme qui poussent les autres (et le spectateur) à inventer son personnage. En cela, et physiquement bien sûr, il rappellera aux weebs du coin le Saitama de One Punch Man. Même vibe.

Et cette attitude est transcrite habilement dans l’esthétique du film, puisque les plans s’éternisent autour du héros et sa lenteur chronique ; au point que c’en devient tordant. Une scène notamment de gros plan à un moment pivot du film sur le visage de Kenji peut faire croire à une erreur tant la pause est longue… Mais elle souligne ainsi habilement l’importance du moment, tout en rendant le visionnage ultra hilarant.

Ce calme ambiant, ce cinéma flegmatique se transforment cependant lorsque la musique entre en scène. Là c’est l’explosion totale, le contraste est saisissant. Kenji et ses deux amis ne savent absolument pas jouer, volent des instruments et se trompent en route (ils jouent avec deux basses et n’ont pas de guitare), et pourtant. Et pourtant. Quand ils jouent ensemble, c’est comme si le sens de la vie se révélait à eux.

Le pouvoir de la musique

Et cette euphorie est communicative. Aya, la fille que Kenji veut pécho mais ne sait pas comment s’y prendre, est séduite par leur musique. Tout comme les autres musiciens – plus accomplis – que leur groupe de musique rencontres, dans une séquence qui rappelera les scènes de goûter de Food Wars à notre lectorat weeb. Et enfin, tout comme le spectateur. On-Gaku est un film qui, on ne peut le dire autrement, fait du bien.

Ce n’est pour autant pas la première fois que l’animation japonaise s’attaque à la musique. Mais nous sommes ici très loin des Sound Euphonium et K-On de KyoAni, ou encore de l’exceptionnel et insurpassable manga Beck ; même si dans la sacralisation de la musique, on s’en approche quelque peu. La séquence finale notamment lors du festival aurait tout à fait eu sa place dans Beck, puisqu’on y célèbre la spontanéité, la magie d’un moment unique.

Mais le ton de l’ensemble, le rythme et la patte visuelle en font une oeuvre plus atypique. Pour qui s’intéresse à la technique, sachez que le réalisateur Kenji Iwaisawa a mis sept ans à adapter ce manga de Hiroyuki Ohashi en film d’animation. Un travail de longue haleine qui s’explique en partie par le choix d’une animation entièrement à la main, saupoudrée de quelques séquences où la rotoscopie donne une dynamique surprenante à l’action.

On-Gaku est rafraîchissant. 70 minutes de plaisir qu’on aura plaisir à aller voir entre ami.e.s dans les salles obscures, quand il sortira chez nous. Personnellement, j’ai déjà choisi qui j’allais traîner au cinéma pour le revoir avec moi !

On-Gaku, de Kenji Iwaisawa et adapté de Hiroyuki Ohashi. Distribué en France par Eurozoom, et en compétition Contrechamps à Annecy 2020.

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