ROAR : la pire idée de film de tous les temps

la pire idée de toute la longue et triste histoire des mauvaises idées

Au début du film Roar, un message : aucun animal n’a été blessé sur le tournage. Étrange… Se dira le spectateur à l’œil alerte. Ce type de message apparaît habituellement lors du générique de fin. À la fin du film, une seule pensée possible pour notre spectateur alerte : aucun film ne ressemble à Roar. Jamais aucun film ne pourra ressembler à Roar.

Chers lecteurs et chères lectrices, laissez donc Cinématraque vous donner un aperçu du film qui mérite haut la main peau de lapin lion son titre de « film le plus dangereux de tous les temps »…

Sorti en 1981 dans la plus grande discrétion aux États-Unis, le film de Noel Marshall a été largement vendu comme un film d’horreur : accompagnée de ses deux fils et sa fille, une Américaine vient rendre visite à son ex-mari en Afrique. Ce dernier tient une réserve avec une bonne vingtaine de lions. Et des tigres. Et des panthères. Et des éléphants. Sa famille débarque en son absence et se fait attaquer par les animaux pendant la quasi-totalité du film. Mentionnons brièvement que les acteurs/actrices du film sont : Noel Marshall et sa femme Tippi Hedren, ainsi que leurs trois enfants, Jerry et John Marshall et Melanie Griffith. Gardez cela dans un coin de votre tête durant votre lecture.

Vraie scène. De ce vrai film. Qui existe.

Ce sont de vrais animaux. Ce sont des scènes d’un degré de spectaculaires que même George Miller n’a pas osé atteindre. Je veux dire que Noël Marshall se jette sur des tigres pour les séparer alors qu’ils se maravent la gueule. Je veux dire que John Marshall fonce à moto poursuivi par un éléphant. Je veux dire que ce même éléphant balance Tippi, Mélanie John et Jerry d’un bateau avant de le broyer totalement, aussi facilement qu’une feuille de papier. Le film entier est truffé de passages totalement ahurissants qu’il est impossible de les décrire ou se les remémorer sans avoir des vertiges. Toutes les deux minutes, on se demande comment ça se fait que qui que ce soit ait ACCEPTÉ de participer au tournage. Et l’on se demande surtout comment ça se fait que personne ne soit mort durant le tournage…

Et ça n’est pas passé loin, puisqu’au minimum SOIXANTE-DIX PERSONNES se font latter la face durant la production. Le directeur de la photo Jan de Bont ? Scalpé par un lion, 220 points de suture. Tippi Hedren ? Jambe cassée et mordue au cou, 38 points de suture. John Marshall ? 50 points de suture. Melanie Griffith ? Mordue au visage et a failli perdre un œil, 50 points de suture. Noel Marshall fut blessé tant de fois qu’il a fini par chopper la gangrène… Ce type a mis en danger toute sa famille. Il y a du vrai sang à l’écran. Nous nous permettrons ici de citer Jeff Goldblum au sujet de ce film : « la pire idée de toute la longue et triste histoire des mauvaises idées ».

Vraie scène de ce vrai film qui existe pour de vrai.

L’idée en question est venue lors d’un voyage. Marshall a trouvé une propriété abandonnée et l’a aménagée pour accueillir les animaux et le tournage. L’idée était de faire un film à la gloire des animaux, de dénoncer les méfaits de l’homme qui les massacre. Le tournage a duré onze ans. Onze ans ! À titre de comparaison, Spielberg aurait eu le temps de préparer, tourner, monter et sortir Pentagon Papers environ quatorze fois sur la même durée. Ce délai inimaginable sur Roar est dû aux blessures, au refus des équipes de retourner travailler (petites natures), ainsi qu’à une inondation qui a détruit les lieux de tournage.

Le résultat est un OVNI absolu. Le synopsis est relativement simple et direct, mais les rares scènes de conversations au sein du film semblent avoir été écrites avec les pieds gangrenés de Noël Marshall. Je pense notamment à un petit bijou de dialogue dans un bus ; la jeune ado de la famille reproche à sa mère d’être frigide et d’avoir poussé son mari à se barrer. La mère lui rétorque qu’elle pense trop à la bite et devrait embrasser les bonheurs de la chasteté. Est-ce que cette conversation a un impact sur quoi que ce soit dans le reste du film ? Ah ahaha aha ah ah ah ah. Ah.

Les scènes de danger avec les animaux sont encore plus cheloues, à cause de répliques ajoutées en post-prod absolument dégueulasse et qui détonne totalement avec la situation terrifiante qui se déroule sous nos yeux. Pendant que le spectateur est en panique totale, les comédiens réagissent moins qu’une bande de Parisiens à la campagne face à une guêpe sauvage. Il faut ajouter à cela une musique très rebondissante dans certaines séquences, qui donnent un côté humoristique aux péripéties…

Vraie scène dans ce vrai putain de film bordel de merde

C’est là que tout le paradoxe du film devient évident. Noel Marshall a voulu faire un film à la gloire des animaux, et cela se voit dans certaines séquences. Malheureusement pour lui, le tournage s’est transformé en cauchemar et son film est devenu un pur produit de cinéma de genre. Les accidents ont d’ailleurs servi de véhicule promotionnel au film, puisque le nombre de blessés est indiqué sur l’affiche américaine.

Roar joue dans tellement de tonalités différentes que même un groupe de rock progressif ne s’aventurerait pas à en faire la bande-son. Et en cela, il demeure un des films les plus surprenants jamais réalisés. Il vient de ressortir au cinéma, et vous ne pouvez tout simplement pas vous permettre de rater cela.

Roar, de Noel Marshall avec Noel Marshall, Tippi Hedren, Jerry Marshall, John Marshall et Mélanie Griffith. 1981, actuellement en salle.

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