Festival Premiers Plans d’Angers 2018 : La Compétition

La moindre des choses lorsqu’on arrive a décrocher une accréditation c’est de couvrir la compétition officielle du dit festival. Et lorsqu’on se retrouve, seul, dans un festival important comme Les Premiers Plans d’Angers, la chose est ardue.

GRAND PRIX DU JURY

PRIX MADEMOISELLE ADUBAY DE LA MEILLEURE ACTRICE

Daria Jovner, Prix Mademoiselle Ladubay de la meilleure actrice, pour Tesnota

TESNOTAT -Une vie à l’étroit-

On l’avait loupé lorsqu’il fut programmé à Un Certain Regard il y a quelques mois, on profite donc du Festival Premiers Plans pour rattraper, l’un des films coups de poing de Cannes 2017. Après un générique d’une austérité quasi parodique (digne du Message a caractère informatif), le film nous rattrape, grâce essentiellement au travail de Daria Jovner qui porte de bout en bout Tesnotat. Si l’on applaudit l’actrice justement récompensé, on est dans un second temps agacé par la maladresse du cinéaste qui cherche à imposer à sa comédienne les conditions d’une performance permanente. Cette tension artificielle constante, loin de profiter à l’œuvre, rend l’ensemble pénible. Le cinéaste, qui a pourtant fait ses armes auprès de Sokourov (reconnu pour sa réflexion sur l’image et le pouvoir totalitaire), achève sa première œuvre en se vautrant dans la provocation imbécile. Alors que la jeune femme se retrouve a terminer une soirée festive dans le salon de jeunes désœuvrés du coin, l’hôte diffuse à ses convives, largement alcoolisé, un vidéo clip de propagande djihadiste.

Le coup de poing qui a fait tant fait parler de lui sur la Croisette, est alors attendu. Après la célébration d’Allah, on nous le rappelle quotidiennement, islamophobie aidant, vient le sang. Là où Sokourov utilise l’image du pouvoir, pour en montrer la vacuité à travers son pouvoir de fascination, Balagov se prend les pieds dans la perversité de la propagande djihadiste. En imposant pendant de très longues minutes à son personnage, mais surtout au spectateur, une série de vidéos djihadistes où des hommes se font longuement égorger, semblables à celles qui inondent le net, Balagov ne dévitalise pas la propagande mais fait le jeu de l’idéologie totalitaire qui définit en partie l’aura mondialisée de Daech. Ces images existent, on ne le sait que trop bien, tellement nous sommes habitués à les éviter sur les réseaux sociaux. La volonté fascisante des propagandistes est d’imposer ces images, et en les imposant aux spectateurs Kentemir Balagov participe à ce mouvement. Difficile alors de rejoindre le jury qui a offert au film les honneurs d’un Grand Prix. On est hélas loin de sortir du cycle nihiliste dans lequel on se trouve, mais ce film n’aide en rien à nous aider à réfléchir aux moyens d’y faire face.

Tesnota – Une Vie à l’étroit – de Kantemir Balagov avec Darya Zhovner, Veniamin Kats, Olga Dragunova

GRAND PRIX DU JURY (EX AEQUO)

Winter Brothers

WINTER BROTHERS

Récompensé au même niveau que Tesnota, Hlynur Palmason ne se risque pas à se confronter a des réflexions qui le dépassent. Il ne s’intéresse qu’a la confrontation entre les corps de deux frères. Ne cherchant pas la polémique, Hlynur Palmason se concentre sur l’image et ses acteurs. En proposant un récit modeste (une histoire de mineurs et de trafic d’alcool), il peut alors déployer la force de son regard et son rapport au corps. Le film impressionne évidemment par son traitement visuel dont il faut saluer le travail sur la lumière mise en place par la chef opératrice Maria von Hausswolff, mais on reste également marqué par une lutte très violente qui oppose les deux personnages. Un combat filmé en plan séquence, qui sans une effusion de sang donne aux spectateurs le spectacle de l’approche de la mort.

Winter Brothers de Hlynur Palmason avec Elliott Crosset Hove, Simon Sears, Victoria Carmen Sonne

LES PRIX DU PUBLIC

FILM FRANÇAIS

JUSQU’À LA GARDE

On l’avait vu au Festival Les Œillades d’Albi, et on a jamais eu trop le temps d’y revenir. Profitons de son passage à Angers et de l’accueil public enthousiaste pour rappeler tout le bien que l’on pense du premier long métrage de Xavier Legrand. Suite direct de son court métrage Avant que de tout perdre, Jusqu’à la garde nous plonge en immersion dans un couple qui se sépare. La femme accuse le père de ses enfants de maltraitance. Tout dans ce film impressionne de la direction d’acteurs, des cadrages et surtout un travail sonore qui isole cette famille du monde qui l’entoure. Le fracas des coups, face au silence extérieur. Ce film qui va durablement marquer l’année 2018 ne pouvait pas mieux tomber qu’en cette période historique d’un renouveau du féminisme et de la lutte contre les violences faites aux femmes. Balance ton porc. A noter que le public d’Angers reste fidèle à Xavier Legrand. Avant d’obtenir le César du meilleur court métrage en 2014 et d’autres prestigieuses récompenses à Venise notamment avec Jusqu’à la garde, c’est à Angers qu’il eu son premier prix pour Avant que de tout perdre, en 2013.

Jusqu’à la garde de Xavier Legrand. Avec Denis Ménochet, Léa Drucker, Thomas Gioria

FILM EUROPÉEN:

STRIMHOLOV 

Nous n’avons malheureusement pas eu l’occasion de voir ce film. On en parlera probablement à sa sortie.

Strimholov (Falling) de Marina Stepanska avec Dasha Plahtiy, Andriy Seletskiy.

PRIX JEAN CARMET DU MEILLEUR ACTEUR

IL FIGLIO (MANUEL)

Premier film italien de Dario Albertini, le film rappelle la très belle surprise qu’avait été Fiore de Claudio Giovannesi en 2015. Il Figlio conte le parcours du combattant d’un jeune prolo qui a 18 ans, sort du centre dans lequel il a été mis enfant, suite à l’incarcération de sa mère. Andrea Lattanzi, qui campe avec une belle sincérité le rôle de Manuel, a obtenu le prix Jean Carmet pour son interprétation de ce jeune homme qui tente de sauver sa mère du milieu carcéral. Joli petit film, qui recèle une scène touchante qui verra le jeune homme rencontrer une jeune comédienne altruiste. Pas totalement maîtrisé le film se termine par un plan attendu et un peu naïf.

Il Figlio (Manuel) de Dario Albertini avec Andrea Lattanzi, Giulia Elettra Gorietti, Francesca Antonelli

PRIX SPÉCIAUX:

SPARRING de Samuel Jouy

On n’évoquera pas le premier film de Samuel Jouy qui vaut surtout pour la présence de Mathieu Kassovitz, puisque Mehdi se charge bientôt d’en parler dans nos colonnes. Toujours est il qu’on est de tout cœur avec Mathieu quand on sait que le film en ayant obtenu le prix des activités sociales de l’énergie devra sans doute faire le tour des centres de vacances là où le film sera projeté en avant première. Courage Kasso !

Sparring de Samuel Jouy avec Mathieu Kassovitz, Olivia Merilahti, Souleymane M’Baye.

PRIX DU MEILLEUR SCENARIO:

Les Premiers Plans d’Angers sont aussi l’occasion pour les jeunes scénaristes d’avoir l’occasion de confronter leur travail au public. Lors de ces séances de lectures à haute voix, des acteurs et des actrices interprètent les scénarios sélectionnés. Certains repartent, alors avec des prix :

PRIX DU PUBLIC :

MIDINETTE de Maria Larrea et Catherine Paillé

PRIX VISIO:

DEUX de Philippo Meneghetti et Malysone Bovorasmy

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