Si tu voyais son coeur : Plenty of room at the hotel Metropole

Suite à la mort de son ami, Daniel (le toujours aussi beau Garcia Bernal) se réfugie dans le désespoir et dans un hôtel qui a dû voir des jours meilleurs. Hésitant entre la fuite et le lâcher-prise, il erre accompagné des oubliés de la société. Si la première scène nous plonge dans la liesse d’un mariage, Joan Chemla, n’a pas choisi pour son premier film, un sujet propice à la joie et à la fête.

Si le film évolue dans une atmosphère glauque et oppressante, on sent que Chemla a voulu le transcender par un regard se voulant poétique voire absurde. La galerie des résidents de l’hôtel, aussi loufoques qu’effrayants, sont toujours à mi-chemin de la sympathie et de la répulsion. Dans ce clair-obscur d’où sortent les monstres, (comme dirait votre pote qui ne connaît qu’une citation de Gramsci mais qui la connaît vraiment très bien), Daniel traîne son mal-être et sa beauté divine, exclus de sa famille de Gitans pour laquelle il continue à faire quelques menus larcins.

Chemla tente des choses dans ce film très (trop) court. Tout n’est pas réussi, loin de là. On peut reprocher à son film de manquer de profondeur et de force, de sembler tourner autour de son sujet sans jamais l’atteindre, de tomber dans de nombreuses facilités, et de gâcher le personnage de Marine Vacth faute de savoir qu’en faire.

Cependant, il y a quelques promesses. La promesse d’un regard particulier poético-réaliste qui se fait rare dans le cinéma français (on pense un peu à Kaurismäki ), la promesse d’un cinéma qui sort des sentiers battus et rebattus pour s’aventurer dans des univers plus risqués, la promesse d’une esthétique travaillée et sobre. La scène de la chute de Costel, déconstruite dans le temps et dans l’espace pour en faire le motif lancinant de la psyché de Daniel est ainsi une très belle idée.

L’émotion est absente de cet univers trop effleuré pour convaincre.

C’est une curieuse sensation qui nous habite donc en sortant de ce film qu’on oubliera assez vite. L’émotion est absente de cet univers trop effleuré pour convaincre. Comme si la réalisatrice par peur de trop en faire avait refusé d’aller au bout de ses idées pour n’en donner qu’un léger aperçu. Le potentiel est cependant bien là et on se donne rendez-vous au prochain film de Chemla, pour espérons-le, un film plus abouti.

Si tu voyais son coeur, de Joan Chemla. Avec Gael García Bernal, Marine Vacth et Nahuel Pérez Biscayart. Sortie le 10 janvier 2018.

Ouvert à la discussion et tolérant, je ne pense pas détenir la vérité sur les films que je critique. Il se trouve seulement que j'ai meilleur goût que vous. Quand je ne regarde pas des films, je lis des comics parce que rêve d'être Peter Parker. Vous pouvez me retrouver sur coup-critique.fr

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