Mazinger Z Infinity : Domo Arigato Mr Roboto

Je me dois d’être entièrement honnête avec vous : quand mon frangin et moi-même nous sommes retrouvés dans la salle de cinéma pour l’avant-première du film Mazinger Z Infinity, « par le créateur de Goldorak » comme l’indique l’affiche dans tout Paris, nous ne nous sentions pas entièrement à notre place. Nous ne savions rien de Goldorak ou de toute la saga Mazinger de Go Nagaï avant de nous retrouver face à ce délire halluciné de 90 minutes. Scandale ! Crierons certain.e.s, mais tout de même, nous n’étions pas là par hasard. Ne nous jetez pas tout de suite sous le méchabus, s’il vous plait.

un film de robot géant au cinéma, ça ne se rate pas !

Mon frangin et moi, on a grandi en plein cœur de cette culture d’animation japonaise, et elle ne nous a jamais quitté. Aussi nous n’avons pas connu (aussi pour des raisons d’âge, forcément) la faste période Goldorak sur Antenne 2, mais nous avons très bien connu les suiveurs : Neon Genesis Evangelion, Code Geass, Gundam, RahXephon, Escaflowne… Et bien sûr, la tentative d’universalisation du concept par Del Toro, Pacific Rim. Pour ces raisons, un film de robot japonais sur grand écran dans un cinéma, ça ne se rate pas ! Il y a même quelque chose d’anormal, mais on y reviendra…

I CAME IN LIKE A MAAAZINNNGEEER

…Parce que le film commence, et attention les yeux c’est parti mon kiki ! Sans le moindre préambule, nous sommes lancés en pleine action : une petite attaque de méchamonstres (des robots géants qui sont aussi des monstres) sur un centre scientifique au Texas. Heureusement, Tetsuya Tsurugi est là dans son robot Mazinger ! On sait tout de suite qu’on est dans un anime/manga, parce que le héros annonce chacune de ses attaques à haute voix avant de les faire. Est-ce stupide, ou bien trop cool ? La réponse est oui. D’entrée de jeu, on en prend plein les yeux ; grâce à une animation 2D ultra dynamique, on jubile face à un enchaînement de cascades et d’explosions qui feraient passer un film de Michael Bay pour un épisode des Inhumans de Marvel.

Après tout ce capharnaüm, on nous balance un générique, et ensuite le scénario commence pour de vrai. C’est donc le moment de déconnecter son cerveau parce qu’à partir de maintenant, le film va jeter tout semblant de logique par la fenêtre. Puis lancer des missiles atomiques dessus. Puis la découper avec des épées lasers. Puis balancer un coup de poing atomique dessus. Bref, vous m’avez compris.

Viens donc le passage le plus compliqué de cette chronique : une tentative de résumé qui 1. fera honneur au non-sens total du scénario, 2. ne me fera pas passer pour un fou. Et comme je peux me la péter parce que je connais douze mots en japonais grâce à tous les anime que j’ai vu dans ma vie : IKUSO ! Dix ans après avoir été vaincu par Koji Kabuto et ses amis pilotes de mecha, le maléfique Dr Hell (quand le déterminisme du patronyme frappe) revient à la vie. Il utilise un mecha géant enfoui dans le Mont Fuji pour détruire le monde, et le remplacer par une réalité parallèle. Avec l’aide d’une robot humaine qui est en fait sa fille du futur d’une réalité parallèle, Koji va remonter dans son Mazinger Z pour péter la gueule à Dr Hell et tous ses sbires, et empêcher le continuum spatio temporel de s’effondrer.

Toi et tes potes devant le film.

Ouiiiii bon voilà c’est n’importe quoi. D’autant plus que le film a l’ambition d’explorer tout un tas de thématiques, en lançant des pistes dans tous les sens sans jamais vraiment les creuser. Un peu comme un élève de khâgne qui décide de poser tout un tas de questions dans son intro de dissert de philo, mais qui passe le reste de son développement à dessiner des Godzilla. On a droit à : un passage sur les machines qui éprouvent des sentiments, un autre sur le paradoxe du guerrier qui se bat pour la paix mais qui aime se battre, un autre encore sur les erreurs du manichéisme, un égarement sur la validité des énergies renouvelables, et enfin une réflexion totalement perchée sur la théorie des cordes en physique quantique.

On s’est beaucoup amusé à être confus

Et ce n’est pas les grands écarts de tonalité du film qui vont aider à rendre une certaine cohérence au reste : on peut passer d’une scène de massacre où l’intégralité d’une ville japonaise est éradiquée, à une séquence où des scientifiques utilisent une imprimante 3D du futur pour matérialiser des ballons de foot/explosifs/feu d’artifices et shooter sur des méchamonstres. Pour couronner le tout, rien n’est fait pour accueillir le spectateur qui, comme mon frangin et moi, ne connaît pas l’univers de Mazinger. Toutes les dix minutes, des personnages débarquent sans que personne ne prenne le temps de les introduire ou d’expliquer leurs liens avec les autres. Ce qui… Est assez plaisant, en fait. On s’est beaucoup amusé à être confus, en vérité. Tenez, à un moment, la femme de Tetsuya se remémore tous leurs bons souvenirs ensemble. On nous balance une série de vignettes flashbacks, tous plus mignons les uns que les autres, et là bim en plein milieu, une image de Tetsuya qui gifle sa femme. La salle a explosé de rire, probablement parce que c’était une référence à un moment connu de la série animé ? Et avec mon frangin, on a aussi éclaté de rire, parce que mon dieu mais qu’est-ce que ça venait foutre là ? C’est à la fois terrifiant, et merveilleux.

Si vous avez lu jusqu’ici, et que vous êtes un minimum familier de l’animation japonaise pop-corn, vous n’êtes certainement pas surpris parce que je vous raconte : Mazinger Z Infinity ne joue pas la carte de la réinvention ici. Il n’est pas question de sonder toutes les thématiques ontologiques profondes qui sont nées dans les oeuvres qui ont suivies celle de Go Nagaï, il s’agit d’un retour aux sources. Tout le gloubiboulga pseudo-intellectuel ou scientifique ne sert que de structure à un divertissement pur et dur : et ça marche du tonnerre. Les trois ou quatre grosses séquences d’action qui rythment le film sont totalement folles, et extrêmement inventives. Rien que pour cela, le film vaut le coup d’être vu au cinéma… Et c’est là que j’arrive à mon point final, et le plus important.

« Tu n’as rien à faire dans ce film Rei Ayanami, on est pas dans Neon Genesis Evangelion ! »

C’est la première fois qu’un film de Mazinger sort au cinéma en France. Mais on peut élargir le problème : quand avons-nous la chance de voir ce genre d’oeuvre débridée sur un grand écran ? Nous autres, comme mon frère et moi, qui avons grandi en regardant des anime, c’était sur la petite télé de nos parents. Sur le Club Dorothée, sur Game One. C’était sur des VHS dégueulasses de téléfilm de Dragonball. C’était sur des DVDRip pourris avec des fansubs incompréhensibles téléchargés sur Emule. Aussi lorsqu’une oeuvre comme Mazinger Z Infinity se retrouve sur grand écran, il y a une véritable sensation de vertige. Comme si soudain, les robots avaient enfin gagné le droit d’être géants. Comme si soudain, le plaisir que nous avions connus dans nos chambres d’adolescents pouvait être partagé, échangé, et même électriser toute une salle. Voir Mazinger Z Infinity au cinéma, c’est comme découvrir que pendant toutes ces années nous ne faisions que regarder les ombres depuis la caverne de Platon.

Quand le film sortira, pensez-donc vous aussi à sortir. De la caverne. Croyez-moi, croyez-en mon frangin, ça fait du bien. Et ensuite on pourra tous débattre ensemble de la physique qui régit les mèches de cheveux à angles droits de Koji Kabuto.

Peu importe le non-sens total du reste du film, le plus absurde, ça reste ces mèches de cheveux.

Mazinger Z Infinity, de Junji Shimizu, d’après les personnages de Go Nagaï. Sortie le 22 Novembre.

Professeur d’anglais. Enseignant en ciné à l’INA. Scénariste parfois, réalisateur quand tout va mal. Comédien et chanteur pour les Kids des Etoiles.

Fan #1 de Superman. Antifan #1 du Punisher.

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