Le Festival de Lussas 2017, la Mecque des films docus

Salut Cinématraque,

Je t’écris. Ces mots. Il est temps encore, j’ai rêvé si fort… Ouais j’écoute pas mal Juliette Armanet ces derniers temps, en bon hipster. Et en bon hipster qui se respecte, donc, j’étais ces cinq derniers jours au festival de Lussas, également appelé « Festival des gens qui essaient désespérément de faire redevenir le sac banane à la mode ». Lussas, tu ne connais pas ?

Là-bas, tout le monde ne parle que documentaire. Le village vit documentaire, rêve documentaire. Les boites de prod dédiées au genre y côtoient un Master à flatteuse réputation, tout ceci autour de la Grand Place, simplement nommée « Place du Documentaire ». Franchement, je ne pensais pas que ça existait, un tel endroit.

Tous les ans au mois d’août se tiennent à Lussas les Etats Généraux du Film Documentaire, l’un des trois grands festivals français dédiés au genre avec le Cinéma du Réel (à Paris) et le FID (à Marseille). Mais aucun de ces deux autres festival ne propose c’est certain le package de Lussas.

Dans le tout petit village ardéchois, tout le monde campe. Dans des prés généreusement prêtés par des paysans, en général, au camping pour les plus embourgeoisés. « Y a que du militant France Insoumise, ici », entendra-t-on dans une file d’attente. En effet, c’est certain tu mets une urne là-bas, JLM y fait un score de dictateur (même sans la présence de Gaël Martin).

A Lussas, il faut savoir qu’il n’y a pas de compétition, juste des sélections diverses qui se permettent le luxe, dans un souci de cohérence, d’entremêler films nouveaux et anciens trucs squeezés des années précédentes. Aussi, tu verras dans des sélections – parce que leur enchevêtrement a semblé logique aux érudits sélectionneurs – se côtoyer des trucs inédits de 2017 avec des trucs des années 80 complètement méconnus. Oui, Lussas, c’est la Mecque du documentaire. Et puisque moi j’ai dû voir environ 20 films en quatre jours, j’ai décidé en accord avec moi-même de commencer par (oui, on essaiera d’écrire d’autres choses, mais le documentaire c’est compliqué d’écrire dans la foulée, faut que ça mûrisse un peu pour ne pas écrire trop de conneries) te livrer les 5 films qui m’ont le plus plu, et à propos desquels tu as intérêt à te rencarder si tu veux voir ce qui se fait de mieux en film documentaire ces temps-ci.

Quelque Chose de Grand

Il faut que vous voyiez ce film. Fanny Tondre est une jeune réalisatrice, architecte de formation, qui a été filmer des ouvriers sur un chantier pharaonique quelque part en France. On ne sait trop ce qu’ils construisent, mais on s’en fout pas mal. Le but du film est ailleurs ; c’est de montrer leur quotidien, leur boulot tellement difficile, et la force de leur équipe leur permettant de bien le vivre. Une famille, un groupe uni.

Filmés avec beaucoup d’amour, ils apparaissent comme des héros du quotidien, des petites fourmis artisans d’un décor urbain devenu tellement banal qu’on en a oublié combien il était un chantier fou. Dans les immenses grues, désormais, vous n’imaginerez plus qu’eux.

Braguino

(Photo de Une)

Un truc incroyable. La famille Braguino vit à 1000km de la ville la plus haute de Russie, en plein milieu de l’hostile Taïga, entre les ours et les moustiques. Dans sa grande maison, elle survit avec brio, dans une utopie trop parfaite. Trop, parce qu’en face de chez elle est venue s’installer une autre famille. Et les deux clans ne peuvent pas se piffrer.

L’histoire ferait une formidable fiction, elle génère un documentaire palpitant, inclassable, assurément à voir. Diffusion au cinéma puis sur Arte d’ici la fin de l’année, et vous allez c’est certain beaucoup en entendre parler.

Vivre Riche

Qui se cache derrière ces demandes en amis Facebook de bimbos russes ? Vivre Riche nous présente une bande de potes, en Côte d’Ivoire, qui s’est spécialisée dans le phishing. Des « brouteurs », comme on les appelle là-bas. Leur taf, donc, c’est de soutirer l’argent de gens crédules en mal d’amourettes. Alors ils jouent des pieds et des mains derrière leur écran pour parvenir à recevoir des mandats cash de personnes prêtes à les aider « à soigner leur fils malade ».

En plus de montrer un véritable business plutôt méconnu de l’intérieur, Vivre Riche nous montre les gens qui en ont fait leur gagne-pain, justifiant les mensonges auprès de leurs victimes par une « dette coloniale » à effacer. Pas manichéen pour deux sous, le film ne juge jamais ses protagonistes, et rend compte à travers ses petites arnaques de maux bien plus graves…

Des Spectres hantent l’Europe

Le sujet que l’on a le plus vu abordé lors de ce Festival, c’est celui des migrants. Et s’il faut garder un film, c’est peut-être celui qui paie le moins de mine (ouais parce qu’il y avait aussi un truc de 3h40 qui fut une véritable épreuve de résistance pour beaucoup, dont moi, mais je vous en reparlerai sûrement dans un article ultérieur). Des Spectres hantent l’Europe est fait de longs plans fixes, de ceux qui tirent en général tes paupières vers le bas. Pas ici. La caméra est posée entre la Grèce et la Macédoine. Des migrants y sont comme englués. Ils vont et viennent. Presque pas de dialogue, juste du passage. Des spectres…

La caméra de Maria Kourkouta & Niki Giannari est complètement impuissante. Elle voit sans jamais parvenir à regarder. Elle montre sans pointer. Impuissante, fataliste, elle a la modestie et le recul dont d’autres films aperçus en terres ardéchoises semblaient manquer.

Le Saint des Voyous

Parfois, il suffit d’un beau sujet pour faire un bon film. En témoigne ce Saint des Voyous, toute petite chose, doc de fin d’étude réalisé par une masteurante de Lussas, fille d’un taulard repenti qu’elle est allée interroger sur sa vie d’antan. Le mec a un charisme incroyable et une vie que l’on adorerait qu’il nous raconte au-delà du film, tant celle-ci est folle.

Le portrait est drôle, émouvant et sonne vraiment juste. Vous ne le verrez sûrement jamais – c’est un film de fin d’études -, alors mordez-vous en les doigts.


On reviendra ultérieurement plus précisément sur certains de ces films et d’autres encore.

(Dzibz n’étant pas mon vrai prénom)
Red’chef ici, extrêmement sévère avec les autres, mais pas du tout avec moi, hashtag YOLO.

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