Le Jour d’Après, la Camera de Claire : La razzia de Soju sur la croisette

Sans être un élément indispensable à la filmographie de Hong Sang-soo, la présentation de La Caméra de Claire, en forme d’apéritif (formule, probablement maintes fois reprise), au 70e Festival de Cannes a tout de même quelque intérêt. Tourné l’année dernière à l’occasion de la précédente édition, le film est avant tout un hommage au Festival, une installation artistique méta (filmer un film à Cannes, qui parle de cinéma – hommage autant au Genou de Claire, qu’à Claire Denis dont HSS est très proche, et projeter le tout à Cannes l’année d’après devant les festivaliers) et une lettre d’excuse de HSS à sa femme après l’avoir trompée avec la jeune actrice Kim Min-hee. L’histoire de La Caméra de Claire est, en effet, celle vécue par un cinéaste (Jeong Jin-yeong, ici comme alter-ego), sa femme (sa productrice) et l’assistante de production (interprété par Kim Min-hee, elle même). Seulement dans le réel, Hong Sang-soo a finalement quitté sa femme pour officialiser sa romance avec l’actrice.

le quatrième film du réalisateur

La Caméra de Claire, en forme d’apéritif

Cette petite anecdote ajoute un peu de sel au morceau de résistance, Le Jour d’Après, présenté en compétition officielle : Second film cannois du cinéaste coréen, c’est surtout le quatrième film du réalisateur que l’on découvre cette année. Alors qu’on a déjà pu voir en début d’année Yourself and Yours et que fut projeté à Berlin On the Bitch at Night Alone (toujours avec sa muse), Le Jour d’Après confirme qu’il met sur pause ses entreprises théoriques, un peu lassantes, à force. Cette productivité n’est donc pas dangereuse pour l’artiste bien au contraire, et il est toujours étonnant de constater qu’il parvient toujours à se renouveler après plus de 20 films, tournés parfois à la chaine, abordant la thématique de la répétition impossible. C’est une nouvelle fois le cas avec Le Jour d’Après, qu’il a souhaité tourner – comme il a pu le faire dans le passé – en noir et blanc. Il en ressort un film visuellement splendide qui puise toute sa force lorsqu’il est projeté aux coeurs des ténèbres d’une salle de cinéma. Cependant, son récit classique et les lieux qui lui servent de décors sont si banals que l’esthétique du film ne nous empêche en rien de nous concentrer sur ce qui est dit, et sur la réelle envie du cinéaste de laisser le spectateur se promener à l’intérieur de son œuvre. Seuls quelques zooms, lors de conversation, permettent au cinéaste de pointer des moments clés de son récit.

il met sur pause ses entreprises théoriques

on découvre des petites variations qui permettent à ses films d’affiner son art

Mais ce qui marque vraiment Le Jour d’Après, c’est l’humour qui se dégage de l’ensemble. Le cinéaste prend un malin plaisir à jouer des attentes de son public en brouillant ou pas l’espace temps. Mais on s’étonne aussi de voir un cinéaste se confronter au genre, passant du cinéma fantastique avec Yourself and Yours à la tentation du thriller dans Le Jour d’Après. Au coeur de son œuvre, si classique à première vue et si répétitive soit-elle, on découvre des petites variations qui permettent à ses films d’affiner son art et de ne jamais, ou presque, ennuyer le spectateur. Et puis il y a ce nouvel alter-ego qui creuse un peu plus l’auto-critique du cinéaste se voyant doucement veillir, mais incapable de se réfréner  sur l’alcool et les femmes. Si dans La Caméra de Claire, Hong Sang-soo ne se montre pas tendre avec Kim Min-hee, se servant de Jeong Jin-yeong pour la rendre responsable de ses errances, elle devient dans Le Jour d’Après un dommage collatéral de la fin d’un couple. Si l’actrice incarne à chaque fois un personnage bien plus responsable que les autres, c’est dans Le Jour d’Après qu’elle est vraiment magnifiée par le cinéaste. Après une lettre de rupture à sa femme, il impose aujourd’hui une belle déclaration d’amour à sa nouvelle compagne.

Le Jour d’après, de Hong Sang-soo avec Kim Min-hee, Kwon Hae-hyo, Cho Yun-hee, Kim Saebyuk. 1h32.

Après un parcours scolaire chaotique et pas mal de soirées vidéo bis, je me réfugie à l'université pour y faire grève et bouffer du film. Je m'y passionne pour la critique et l'écriture de scénario. Depuis, je m'efforce de trouver du boulot là où il est question de ciné. Après La Cinémathèque Française et UniversCiné et des collaborations aux Fiches du Cinéma et Culturopoing, je pris goût à l'ivresse du pouvoir, en 2012, en co-fondant Cinématraque. Je collabore également à La 7e Obsession.

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