Good Time : Le Mauvais Elève de la Sélection

Le nouveau et quatrième long métrage des (très) New Yorkais frères Safdie a pris tout le monde un peu par surprise ce matin sur la croisette. Attendez… un braquage de banque ? Des courses poursuites en voiture, de la drogue, de la tension et des cascades ? Il y en a toujours quelques uns chaque année pour se faire remarquer, à faire le pitre au sein de la sélection. Cette année, on a Okja qui vient mettre le dawa, et maintenant Good Time : un titre qui se fout bien évidemment et éperdument de ta gueule puisque rien n’est good dans le time de ses personnages. Ah on les voit bien tous les deux, Okja et Good Time, au fond de la salle de classe les écouteurs dans les oreilles ! A envoyer des avions en papier sur le dos de Naomi Kawase et Hong-Sang Soo au premier rang, les bureaux bien rangés. Et on voit bien aussi, la maîtresse rire discrètement à leurs fourberies et s’empêcher de grogner quand Haneke prend la parole.

Mais trêve de métaphores scolaires, mes chers.ères élèves vont penser que je suis en manque. Good Time est l’histoire de deux frères : Nik, le premier à apparaître à l’écran, est en situation de handicap mental. Connie, interprété par Robert Pattinson, est un petit truand qui refuse que son frère ait besoin d’une quelconque aide psychiatrique, et qui l’embarque dans ses affaires foireuses. En l’occurrence, c’est un braquage de banque qui tourne au vinaigre : Nik se mange une vitre, il est arrêté, incarcéré puis hospitalisé dans cet ordre. Connie quant à lui tente de sortir son frère de la merde, parce qu’il aime son frère d’amour ; merde que Connie a lui même créé, bien évidemment, et nous y reviendrons. S’ensuivent donc de nombreuses péripéties où Connie tente de récupérer de l’argent pour faire sortir son frère de prison, puis de le faire évader. Good time !

Alors, vous allez me dire, mais c’est typiquement le genre de film de petits voyous fraternels qui s’aiment mais se font du mal sans trop le vouloir, qui tentent un coup et se foirent magistralement, jusqu’à ce que tout devienne tragique ! On a vu ça cent cinquante fois !

Ce à quoi je vous répondrai… Oui. En effet. Good Time est tout à fait un film en gros manque d’originalité, dans le sens où il n’a pas énormément à apporter au genre ; au fond c’est juste Rain Man chez les gangsters, sans la partie rédemption et avec une touche Sydney Lumet 21ème siècle.

Fin de l’article.

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Non pardon, j’ai menti. En vrai, il y a un « mais ». Je reprends.

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Mais.

Le film reste néanmoins très bon. La bande-son, très électro-indus, et surmixée lors des moments de tension, parvient à installer le malaise des situations à chaque fois ; c’est probablement la plus réussie du festival. La mise en scène également, joue beaucoup sur les échelles et s’amuse dans sa représentation de l’action ; le meilleur passage en est certainement cette course poursuite vue d’en haut, façon vieux jeu vidéo.

C’est qu’outre le scénario, ce sont les personnages qui… Crèvent l’écran. Elle est vraiment moche cette expression, on dirait qu’elle suppose le théâtre – la performance live quoi – comme supérieur au cinéma, ce qui est bien stupide. On va plutôt dire que les personnages polissent l’écran. Voilà. Les rôles secondaires sont super : très heureux de revoir Barkhad Abdi dans un film déjà, même s’il apparaît peu, mais Jennifer Jason Leigh et Taliah Webster sont aussi particulièrement savoureuses. Ben Safdie se paye même le luxe de jouer un loubard de première, même si c’est peut-être lui qui s’en sort le moins bien ; trop linéaire dans son phrasé, sa gestuelle, sa composition.

Mais ceux qui polissent le plus l’écran (je la garde mon expression, me cherche pas), ce sont les deux frères. Robert Pattison, comme dans The Lost City of Z il y a quelques mois, comme dans les films de Cronenberg avant à Cannes, est toujours fantastique. C’est cette petite lueur dans les yeux qui montre l’intelligence du personnage en fait ; ce petit truc en plus qui donne sa force au film. Parce que oui, il a beau avoir raté son coup, il n’en est pas moins très futé. Ce qui rend sa nature destructrice encore plus sale à regarder : Good Time, c’est en fait une espèce d’essai sur combien de personnes on peut foutre en l’air en une nuit à peine. C’est peut-être là que se trouve la véritable force du film ; les séquences qui s’allongent et s’étendent sur le destin tragique de ceux qui ont un jour croisé le chemin de Robert « Connie » Pattinson. Une jeune fille embarquée par la police, une fille qui perd tout le respect de sa mère, un type qui fait une chute libre… Et bien sûr, le frérot.

Ce n’est pas un film qui risque de gagner quoi que ce soit, mais sa position d’outsider au sein de la sélection risque de lui garantir une place de choix lors des sorties en salle et de lui permettre une seconde vie bien méritée, un peu comme le Mademoiselle de Park-Chan Wook pour lequel le contexte cannois avait bridé la portée. C’est en tout cas tout ce qu’on lui souhaite.

N’empêche que les années s’enchaînent, et Robert Pattinson et Kristen Stewart continuent chacun de leur côté (oui, séparément, bien sûr. N’oubliez pas que chez Cinématraque, on est très au courant des news people) de proposer à leurs anciens fans de très bons films indépendants. Ainsi ielles amènent un jeune public demandeur vers un cinéma qui ne leur était pas forcément familier, et qui a pourtant de quoi les séduire. C’est bien simple : les deux fois où mes RT ont explosé sur Twitter, c’était parce que je mentionnais Robert Pattinson ou Kristen Stewart, tous deux présents cette année au festival de Cannes. Un phénomène similaire s’était produit avec Daniel Radcliffe également, dont tous les fans même les plus flippettes d’entre elleux étaient allé.e.s voir La Dame en Noir. Et ça, c’est beau !

Good Time est typiquement le genre de film qui peut espérer une double vie ; d’abord perçu comme une bouffée d’air frais au sein de la sélection que l’on osera jauger d’intellectuelle

Professeur d'anglais et de cinéma le jour, auteur exalté et réalisateur raté la nuit. Entre les deux, joue et chante dans des comédies musicales avec les Kids des Etoiles, sans complexe.

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