Quels seront les films présents à Cannes cette année ? A ce petit jeu du pronostic, nous ne nous étions jamais prêtés. On innove donc cette année, après avoir écumé depuis 5 ans les bars de la croisette. Du coup, cela donne quoi ? On n’était pas contre se taper Valérian de Luc Besson en ouverture, puisqu’il s’agit surtout de marquer le coup et pas forcement d’y projeter un chef d’œuvre. À la place on a mis nos billes sur Le Redoutable de Michel Hazanavicius, un projet qui nous terrifie. On ne va pas vous le cacher : Louis Garrel en JLG, cela promet de longues nuits d’angoisses. Un coup à devenir mortel, puis vivre, si vous me suivez. Mais après tout, on pourrait se retrouver avec un morceau de la trempe des OSS117 ? D’ailleurs Michel, si tu veux qu’on t’aide à aller enterrer toutes les copies DVD de The Search dans le parc de Saint-Cloud, tu sais où nous trouver.

Le Redoutable

La Compétition Officielle : 

Pour la compétition, c’est-à-dire – soyons honnêtes – la sélection la plus conservatrice, on devrait retrouver Michael Haneke avec son Happy End. On sait depuis Amour ce que cela signifie pour le cinéaste autrichien… Avec ce film, Haneke ira titiller les positions de la bourgeoisie du nord de la France face, à la présence de réfugiés. On y retrouvera l’habituelle duo Isabelle Huppert et Jean-Louis Trintignant, mais également le malotru Mathieu Kassovitz.

Autre grand favori de nos pronostics : Arnaud Desplechin et Les Fantômes d’Ismaël. Premier métafilm du cinéaste, il continuera par contre à creuser son obsession de la mémoire. Et nul doute qu’après l’imbroglio Trois souvenirs de ma jeunesse et les regrets publiquement évoqués par Desplechin quant à la relégation du film à la Quinzaine des réalisateurs, le Festival aura à coeur de ne pas trop froisser un de ses chouchous. A raison.

Pour poursuivre sur la mémoire, le cinéma français (qui pourrait être très représenté cette année) amène avec lui deux films se situant durant la Première Guerre mondiale : André Téchiné proposera avec Nos Années Folles le récit véridique d’un soldat qui pour déserter décide de se travestir en femme. Xavier Beauvois, lui, était venu à Cannes avec Des Hommes et des Dieux et devrait être présent en compétition officielle avec Les Gardiennes où il s’intéressera aux femmes durant la der des der. On espère un peu le voir remporter quelque chose pour relancer son clash Twitter d’avec Karim Debbache ; rappelons que l’argumentaire de Beauvois reposait sur de bonnes grosses doses de « j’ai des Césars dans mes toilettes« . En tout cas, gros buzz autour de ses actrices Laura Smet (qui donnera la réplique à sa mère, Nathalie Baye) et l’espoir féminin, Iris Bry.

On reste en France, mais on retourne dans le contemporain avec Le Fleuve Noir ou le grand retour du trop rare Erick Zonca : un polar qui promet pas franchement des fous rires avec casting cannois au programme : Vincent Cassel, Romain Duris, Charles Berling, Sandrine Kimberlain et forcement Élodie Bouchez.

Le cinéaste tchadien et habitué de la Croisette Mahamat-Saleh Haroun devrait être présent avec Une saison en France, un film se déroulant sur le territoire où une famille de réfugiés butte face à l’administration. Le Grec Yorgos Lanthimos, continue pour sa part sa migration vers les territoires anglophones. Après l’Angleterre, c’est aux États-Unis qu’il a tourné The Killing of Sacred Deer. Le cinéaste européen retrouve Colin Farrell, embauche la star Nicole Kidman et la revenante Alicia Silverstone.

Le Fleuve Noir

Les É.-U. attirent également la Britannique Lynne Ramsay qui devrait être présente en compétition avec You Were Never Really Here où elle s’attachera à filmer le retour au pays d’un vétéran souhaitant se battre au côté des prostituées contre la pègre.

Todd Haynes, habitué à la compétition, est vivement pressenti pour représenter les É.-U. avec Wonderstruck ; son casting composé de Michelle Williams et Julianne Moore en font effectivement un bon candidat, parce que glamour rime avec… Festival de Cannour ?

Autre habitué du Festival, Alexander Payne a toutes les chances d’être présent en mai avec Downsizing dont le pitch très curieux (un homme se rend compte que sa vie serait meilleure s’il rapetissait) est très aguichant. Son casting devrait en tout cas, être de taille à faire rêver les fans de tapis rouge : Matt Damon, Christoph Waltz, Kristen Wiig, Neil Patrick Harris, Alec Baldwin, Udo Kier… On ne fait pas dans la demi-mesure

Autre film américain au casting de malade et qui a déjà fait couler beaucoup d’encre, Les Proies, le remake de Don Siegel par la fille Coppola où l’on retrouvera Colin Farrell (oui encore), Nicole Kidman (oui aussi), Kirsten Dunst et Elle Fanning.

Cette dernière devrait également venir avec sous le bras le dernier film de la réalisatrice Saoudienne Haifaa Al Mansour. La cinéaste de Wadjda présentera probablement Mary Shelley. Oui c’est un biopic, mais voir Elle Fanning incarner la romancière créatrice de Frankenstein est très alléchant, et quand on connaît sa vie, on peut se demander si le titre définitif ne sera pas VDM Le Film.

On ne devrait pas être surpris par la présence de Stephen Frears avec son film en costume Victoria and Abdul, qui s’intéressera à la relation entre la reine Victoria et le jeune clerc Mohammed Abdul Karim. À l’instar de Lanthimos, plusieurs cinéastes européens dont ce n’est pas la langue maternelle pourraient venir présenter des films anglophones : on pense surtout à l’Espagnole Isabel Coixet avec son adaptation de The Bookshop (L’Affaire Lolita) de Pénélope Fitzgerald avec Emily Mortimer, Patricia Clarkson et Bill Nighy.

On pense aussi au suédois Ruben Ostlund (Snow Therapy) et son The Square dont le pitch est très excitant : l’histoire de l’ambitieux directeur d’un musée préparant une exposition qui va avoir un puissant impact. « The Square racontera la création par des citoyens d’un lieu symbolique où règne une responsabilité commune. Cet espace se situe au centre de la ville, et si l’on a besoin d’aide, on peut s’y rendre. C’est un endroit symbolique, philosophique, sur les frontières de la responsabilité et la défiance envers l’état. », selon les mots du réalisateur. Elizabeth Moss et Dominic West domineront le casting du film.

Autres favoris suédois pour la compétition : Thelma de Joachim Trier que l’on ne présente plus, du coup la phrase s’arrête ici. L’Europe de l’Est devrait être bien présentée avec l’évident petit génie Laszlo Nemes (Hongrie) et son nouveau film Sunset qui devrait faire forcément parler, une évidence après le coup de force du Fils de Saul, Grand Prix il y a deux ans. L’Ukraine quant à elle devrait faire venir le très côté Sergei Loznitsa qui devrait égayer encore une fois le Palais des Festivals avec Une femme douce, l’adaptation d’une nouvelle de Dostoïevski qui nous plongera une semaine dans les abysses.

Mary Shelley

Les hispanophones ne seront pas en reste, surtout si le projet très secret d’Alfonso Cuaron fait une entrée pétaradante en compétition. Tout ce que l’on sait sur Roma est son très obscur synopsis : la chronique d’une famille à Mexico dans les années 70. Mais nul doute que si le film est prêt, le jury ne saura se passer d’un réalisateur de cette trempe.

L’Argentine devrait venir avec La Cordilleraun thriller fantastique potentiellement passionnant, au casting international (dont Christian Slater, et Ricardo Darin forcément), relatant le drame politique et familial sur fond de corruption qui frappe le président argentin lors d’un sommet latino-américain.

Le très (trop ? NON PUTAIN !! – Ah, Julien n’est pas d’accord – ) formaliste cinéaste espagnol Pablo Berger (Blancanieves) pourrait accéder à la compétition avec Abracadabra.

Pour finir on parie aussi sur la présence du cinéaste belge Michael R. Roskam et de son acteur fétiche Matthias Schoenaerts avec  le probablement sulfureux Le Fidèle, qui devrait offrir pas mal de bouffées de chaleur aux fans d’Adèle Exarchopoulos, et de celleux des épaules Matthias. Autre actrice très appréciée par la team Cinématraque, Golshifteh Farahani est fortement pressentie pour venir à Cannes avec Refuge du cinéaste israélien Eran Riklis. Et que serait un Festival de Cannes sans son Nuri Bilge Ceylan ? Le Michael Bay du cinéma turc pourrait en effet présenter son Poirier Sauvage. Enfin, selon les échos de dernière minute, il se murmure que le dernier film d’une des cinéastes fétiches du site pourrait être terminé à temps. Oui, on ne le cache pas : on a très envie que Detroit de Kathryn Bigelow, sur les émeutes américaines en 1967, soit sélectionné en compétition.