Chewing-gum: Candide à l’ère de Youporn et Tinder

Conte moderne pop et déjanté, la série britannique Chewing-gum raconte en six épisodes délirants la découverte du monde et l’apprentissage de l’amour par un Candide au féminin.

Walt Disney vs Réalité

Il était une fois, dans le quartier d’East London, Tracey Gordon, charmante jeune fille en fleur aussi innocente que toutes les princesses de Walt Disney réunies. Entourée d’une famille pentecôtiste aimante, mais complètement obsédée par Dieu, et d’un fiancé chrétien peu pressé de lui faire découvrir les joies du fruit défendu, Tracey rêve de pouvoir enfin éclater cette petite bulle de confort et d’ignorance dans laquelle elle vit depuis 24 printemps.

À l’image de son héroïne, éternellement affublée de robes fleuries tout droit sorties de La Petite maison dans la prairie, Chewing-gum est une série faussement innocente. Le fiancé de Tracey préfère en fait les Brian aux Kelly, sa meilleure amie rêve de sadomasochisme, son cousin veut coucher avec elle et son potentiel futur copain est un poète chômeur composant des alexandrins juchés sur des bennes à ordure.

maxresdefault

Plus proche de la pilule d’ecstasy que de la friandise pour enfant

Voltaire dans les cités londoniennes

Rien ne sera épargné à cette Candide au féminin dont la naïveté et l’enthousiasme l’amènent toujours à vivre les aventures les plus absurdes et il faut bien le dire, les plus dégradantes. Tracey se retrouve propulsée dealeuse de drogue et vendeuse de godemichets usagés, alors qu’elle essaie de se faire embaucher comme vendeuse de parfum. Désireuse de perdre enfin sa virginité, la candide jeune fille finit à l’arrière d’une boucherie désaffectée pour un plan à trois pas vraiment des plus sexy.

Comme dans le conte du célèbre philosophe français, ces mésaventures seront l’occasion pour la malheureuse de grandir enfin en se détachant de la morale religieuse aveuglante, du cocon familial, et de ses conceptions toutes faites de l’amour.

Chewing-gum parle sans tabou, et avec beaucoup d’aplomb de tout : de religion, de pets, de merde, de sexe, de drogues, et d’amour raté. La série en fait des tonnes, comme pour mieux s’amuser des travers et des fétiches de notre société, aussi friande de ces sujets que gênée d’en parler.

ta-header-2000x810-channel-4-chewinggum

Tracey se retrouve propulsée dealeuse de drogue et vendeuse de godemichets

Cultiver sa banlieue

Plus important encore, la série met en scène une banlieue joyeuse, solidaire et peuplée de personnages à contre-emploi capable de citer James Ellroy autour d’une pinte. Un groupe de potes qui se plait à disserter sur l’amour en plein entretien pour un job à Ikea, ou de cuisiner de délicieux petits plats tout en vendant de la drogue. L’auteur et actrice principale de la série Michaela Coel porte un regard bienveillant et positif sur ce quartier pauvre où elle a grandi. Elle s’éloigne ainsi de l’image fataliste et clichée des banlieues sans foi ni loi que la fiction et les médias cherchent à véhiculer.

Chewing-gum n’est pourtant pas à mettre entre toutes les mains. Plus proche de la pilule d’ecstasy que de la friandise pour enfant, la série fera fuir les émétophobes et les allergiques aux blagues scatologiques…

Chewing-gum, crée par Michaela Coel, produite par Kelly McGolpin, Jon Rolph et Nana Hughes, avec Michaela Coel,  Robert Lonsdale, Danielle Walters, Maggie Steed. 6 épisodes, 25 minutes. Disponible sur Netflix depuis le 31 octobre 2016 (première diffusion sur E4 en octobre 2015).

Fiancée imaginaire de Louis CK, et fille très bien cachée de John Waters et Divine, je me nourris principalement de séries, films en tout genre, nanars et films de cul quand ils sont bien cadrés. Parce que personne n’est parfait, j’aime aussi Xavier Dolan...

1 Comment

Leave a Reply