La bande-annonce de Maman a tort montrait tout l’enjeu, le pari osé du film : réussir à faire un long métrage social envoûtant, sans tomber dans la démagogie facile, voire dans la manipulation totale de la perception enfantine.

Je vais être honnête ; il n’y a pas plus difficile à réussir qu’un film social grand public. La moindre mauvaise décision, à la fois narrative ou esthétique, le moindre faux pas peut salir toute la partition. Mais là, voir qu’un film français avec un minimum de visibilité commerciale tente cela, de s’approcher du cinéma justicier et naïf de Frank Capra, c’est à la fois exaltant et terrifiant.

Je vous la fais courte, Maman a Tort suit une petite de troisième qui fait son stage dans la boite de sa mère, une compagnie d’assurance. Là-bas, elle est confrontée de manière frontale à l’injustice du monde des adultes quand elle voit une jeune maman être refoulée lorsqu’elle demande l’argent de l’assurance vie de son mari.

Tout n’est pas réussi, loin de là. Le film explore beaucoup de pistes, ce qui lui donne des forces puisque cela enrichit le propos et les personnages et parfois les affaiblit (par exemple quand on suit les amourettes de l’héroïne, ou celles de sa mère). Œuvre inégale, oui. Pas toujours juste, parfois facile dans son humour classique. Mais aussi film à ne pas rater, en fait, parce qu’il réussit précisément là où les autres échouent : il n’est pas démago.

Le regard de l’enfant est un ressort facile : il révèle aisément par sa simplicité les paradoxes du monde adulte. Pourquoi est-ce qu’on ne peut pas donner de l’argent à ceux qui ont en besoin ? Est-ce que ça n’est pas scandaleux de ne rien faire, de laisser les gens finir dans la rue ? Facile, mais efficace, parce que bien mené. La naïveté de l’enfant ne va pas broyer le chaos nihiliste des adultes, on n’est pas dans du téléfilm France 3 (et vous savez ce qu’on pense de ces téléfilms chez Cinématraque…), non. On est dans du vrai cinéma populaire, qui n’a pas peur des mots et des images. Dans Maman a Tort, c’est la mort de l’enfant qui est en jeu, puisque l’héroïne est confrontée à une réalité franchement morose. D’autant plus que, vous l’aurez compris au vu du titre, sa mère est directement impliquée. N’est-ce pas toujours un moment déterminant dans nos vies, celui où l’on réalise que nos parents ne sont pas des héros ? Qu’ils ont des failles, des faiblesses, des caprices ?

La deuxième réussite de Maman a Tort, c’est de parvenir à représenter le monde du travail avec une justesse alarmante. Oui, c’est grinçant. Oui, les femmes y sont des pestes, les hommes ne peuvent, eux, s’empêcher de faire des remarques toxiques à la gent féminine. Et tout cela n’est pas spécialement mis en avant, c’est juste là, pour faire office de décor, et ça marche. Maman a tort a beaucoup de mérite, et il vaut le coup d’œil pour ce qu’il ose faire, c’est-à-dire marcher sur le fil du cinéma couleur sociale, sans avoir peur de tomber.

Maman a tort de Marc Fitoussi avec Jeanne Jestin, Emilie Dequenne, Grégoire Ludig et Sabrina Ouazani. 2h10. Sortie mercredi 10 Novembre