Ouija : les origines (Et si on arrêtait avec les enfants maléfiques ?)

Los Angeles, 1965 : Une veuve voyante et ses deux filles invoquent par erreur les esprits démoniaques de leur maison en ayant recours au Ouija, une planche pour parler aux morts. La jeune et innocente Doris se transforme alors en fillette tueuse à la voix de quinqua fumeur de Gauloise avec un bon passif de gymnaste pro (big up pour les effet limbo-matrix et les figures aériennes). Spoiler : l’histoire ne se finit pas super bien…

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Un GIF plus terrifiant que le film !

Le temps de l’innocence

Évidemment, Doris au début, c’est LA petite fille modèle par excellence, une vraie publicité ambulante pour la maternité, toujours souriante malgré une enfance compliquée. Moquée par les gamins à l’école, Doris a bien du mal à faire face à la mort de son papa renversé par un ivrogne (sortez les mouchoirs). Elle peut cependant compter sur son meilleur ami le prêtre de l’école, et sa mère qui l’enferme dans un placard après les cours pour l’aider à dépouiller des veufs éplorés en quête d’une dernière conversation avec l’au-delà. Certes, on pourrait s’interroger sur les questions de dignité humaine et de droits de l’enfance ici… Mais n’oublions pas que nous sommes dans les années 60, époque bénie où les femmes enceintes pouvaient encore fumer trois paquets de Marlboro en sirotant un verre de Chardonnay.

Du danger des jeux de société

Voilà pour la partie joyeuse du film. La mère décide ensuite d’acheter un Ouija, sorte de « Chiffres et des lettres » pour invoquer les esprits en famille. Et c’est là que tout se gâte.

Après plusieurs soirées passées à tailler la bavette avec ses nouveaux amis les morts, Doris commence à changer. Elle s’énerve facilement et regarde beaucoup trop la télé. Sa voix devient plus grave par moment, et elle aime bien faire peur aux adultes avec ces petits yeux tout blancs en leur racontant comment on se sent quand on meurt étranglé (pas très bien apparemment). Jusque là, on pourrait croire à une crise d’adolescence extrêmement précoce. Mais plusieurs indices troublants supposent une autre piste : la nouvelle passion de Doris pour le polonais, sa tendance à marcher au plafond, ou encore son goût prononcé pour le meurtre en série.

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On s’ennuie beaucoup pendant le film…

Chérie, j’ai encore exploité les gosses

Pour ceux qui n’auraient pas encore compris, la jolie tête blonde en chemise de nuit n’a plus grand-chose à voir avec le rayon de soleil du début du film : elle est en fait possédée par un ou plusieurs esprits très très énervés. C’est en fait, comme dans l’Exorciste, en somme, sans les problèmes d’acné et sans les injures (possédée d’accord, mais polie). Une histoire de prépubère meurtrière venue de l’au-delà, tout comme l’était de The Ring, mais sans les problèmes de cheveux gras dans le visage. Ou encore The Grudge, Dorothy, La malédiction, Baby Grace, Esther… Et une bonne trentaine d’autres films qui exploitent jusqu’à l’usure depuis plus de 40 ans le filon « mon enfant est un démon ».

Bien que très supérieur au premier opus Ouija (sombre navet et triste publicité pour jeu de société), le préquelle Ouija : les origines, ne gagne donc pas vraiment la palme de l’originalité. En plus d’utiliser un sujet vu et revu, le réalisateur copie en bon élève trop sage tous les ingrédients de L’Exorciste sans réussir à en saisir l’aspect outrancier et provocateur qui faisait tout le sel de ce film culte. Dans un monde idéal, on arrêterait tout simplement de faire des préquelles, suites ou remakes de la première merde venue faisant plus de 30 millions de dollars de chiffres d’affaires.

Mais peut-être aussi serait-il temps de trouver de nouveaux véhicules à nos peurs que ces étranges êtres miniatures qui hurlent et nous fixent parfois sans raison dans la rue…

Ouija: les origines, de Mike Flanagan avec Elizabeth Reaser, Henry Thomas, Annalise Basso, Alexis G. Zall. 1h40. 2 Novembre 2016. 

Fiancée imaginaire de Louis CK, et fille très bien cachée de John Waters et Divine, je me nourris principalement de séries, films en tout genre, nanars et films de cul quand ils sont bien cadrés. Parce que personne n’est parfait, j’aime aussi Xavier Dolan...

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