Le train de Dzibz, épisode 1 : Reception (Save The Date)

Reception (Save the Date) est le premier long-métrage de Gilles Verdiani (co-scénariste pour Begbeider par ailleurs), et c’est chouette que ce soit ce film qui inaugure la rubrique. D’une part parce qu’en terme de cinéma fauché, c’est sûrement ce qui se fait de mieux, et d’autre part parce que c’est très très drôle de voir ce film dans un train.

Nous sommes dans le futur. Tout s’est arrangé, des guerres aux problèmes de pauvreté. Ce qui n’a en revanche pas changé, c’est la difficulté pour tout un chacun de trouver son âme soeur, voire un plan cul. Reception, c’est l’histoire d’une soirée donnée par Lucrèce, où des couples vont se faire et se défaire dans une ambiance assez mystérieuse.

Comme pour tous les films amateurs que je vais voir dans le cadre de cette rubrique, le plus compliqué je suppute, c’est d’abord d’admettre. Admettre la condition même du film. Admettre qu’avec moins de moyens, on fait des trucs au pire moins aboutis, au mieux différents. Ici, le son fait en postprod (sûrement pour des raisons de moyens – une bonne prise de son sur un long-métrage étant très onéreuse – ndlr Gilles Verdinani nous explique qu’en fait c’est un choix et non un truc lié à l’économie de son film. Bref on s’est plantés quoi) est assez perturbant au début du film, mais on s’y fait au fur et à mesure. Mieux, cela devient quelque chose d’assez fascinant parce que s’articulant bien avec le statut de film d’anticipation de Reception.

Tout le film fonctionne ainsi. Il profite de ce dont il manque. L’on aurait tendance à penser que la catégorie de films se prêtant le moins au manque de moyens, c’est celle de la science fiction. En fait, c’est l’inverse. Du futur on peut tout dire, nous explique Gilles Verdiani. Les pistolets seront des jouets pour enfants, les murs seront tous peints en couleurs unies, et les voix des personnages seront toutes faites en post-prod. Pas de bol, dans le cadre de la soirée où le film prend son action, les robots serviteurs étaient en panne. Quant à la femme enceinte du film, si elle n’a pas de ventre, c’est parce que son mari a investi dans un utérus artificiel.

La grande intelligence de Reception, c’est donc de faire son manque de moyens un atout, et de jouer avec le hors champ pour rendre compte de son état de film d’anticipation. Un mécanisme qui s’apparente à celui des studios Blumhouse lorsqu’ils génèrent l’horreur dans Unfriended avec trois bouts de ficelles.

Si Reception est si amusant à voir dans le train, c’est que le film a une gueule de film érotico-porno qui ne démarre jamais. Les personnages flirtent, se rapprochent, dansent, trinquent, se prennent la main, se lèchent la bouche… Mon effarouchée voisine de train, je la voyais bien, n’avait de cesse de jeter un regard inquiet vers l’écran : serais-je là un pervers un peu taré qui regarderait des films de cul sur son écran de Mac dans le train m’amenant à Paris ?

Gilles Verdiani présente le film RECEPTION (Save the date)

Et dans ses airs de porno qui ne passe jamais à l’action, Reception nous plonge dans un état assez singulier. Curieux, excité, un peu groggy, presque hypnotisé. Acteurs et actrices sont très beaux, très bien habillés, très propres sur eux, mais peu caractérisés quant à leur sexualité. Bi, hétéro, homo, personne ne sait réellement dans quelle case se ranger, ce qui agace profondément l’inspecteur, personnage-clé du film, garant d’un équilibre sexuel dans un futur dont on comprend bien qu’il a trouvé son équilibre sur toutes les autres problématiques : le ministre est noir, les gens sont érudits, gracieux, et personne ne parle plus jamais de questions d’argent ou de politique.

L’inspecteur, c’est celui qui, intervenant de temps à autres dans ce beau bordel, empêche au film de se transformer en partouze géante. Il intervient en hurlant (génial personnage comique) dès lors qu’un rapprochement infidèle s’opère. C’est le grain de sel, et il est primordial. Parce que si Réception souffre d’un défaut, c’est que le temps d’une ou deux scènes, il s’engouffre dans un rythme bien trop confortable. Et les interventions ponctuelles et hystériques de l’inspecteur de nous sortir de la langueur dans laquelle on est plongés et qui pourrait parfois nous perdre en chemin.

Parlons juste des dialogues, pour finir. Très théâtraux, ceux-ci révèlent de pures punchlines, de vraies vannes marrantes, prononcées par ces personnages du futur. Des lignes de texte n’ayant rien à envier à Steak, la plus drôle des comédies d’anticipation. Parce qu’à l’instar du film de Dupieux, le film capitalise sur son état de film d’anticipation pour nous faire rire, à travers ses dialogues qui, lorsque les personnages les prononcent, sont remplis de clés nous manquant, nous pauvres terriens des années 2010.

– En fait j’ai jamais rencontré de bisexuel
– En fait moi non plus. Mais j’ai pas davantage rencontré d’extraterrestre…
– Tu crois que ça existe ?
– Ben évidemment, ce sont les habitants des exo-planètes
– Mais non… Les bisexuels… Ca existe ?

C’est malin, c’est drôle, et ça ne coûte pas bien cher. Si Reception inaugure parfaitement cette rubrique, c’est certainement parce qu’il est le parfait exemple de ce que peut être un film fauché. Pas une copie low-cost de trucs connus, mais un objet complètement chelou, capitalisant sur son manque de moyens pour essayer de nous raconter différemment des histoires différentes.

Je sens que je vais beaucoup aimer mes voyages en train…

Pour voir le film Reception (Save The Date) en salles, c’est à Paris, c’est jeudi 27, et c’est à ce lien


Continuez de m’envoyer vos courts et longs métrages, documentaires ou pas, fauchés ou moins à cinematraque@gmail.com : je les regarderai puis vous raconterai tout ça dans cette rubrique. M’enfin si c’est tout nase, je le dirai aussi…
Prochain trajet : 3 courts métrages au programme !

(Dzibz n'étant pas mon vrai prénom) Red'chef ici, extrêmement sévère avec les autres, mais pas du tout avec moi, hashtag YOLO.

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