Certain Women : destins de misère

À l’image des décors dans lesquels se dressent les trois destins croisés de Certain Women, l’accueil fut glacial pour sa présentation en compétition du 42e Festival du Cinéma Américain de Deauville. Il faut aussi prendre en compte le film qui l’a précédé, un Captain Fantastic des plus plaisants, énergique, drôle et qui a donné le ton d’une compétition possiblement rock’n’roll. Imaginez alors quand Laura Dern se retrouve dans un coin paumé du nord des États-Unis, avec un client handicapé sur le dos qui essaie à tout prix d’obtenir raison auprès de son ancien employeur négligent ? Le rythme volontairement lent, ponctué par quelques dialogues et jeux de regards endort. Mais le problème n’est pas là.

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Tout le monde est désespéré dans ce coin des Etats-Unis, dans le froid et l’absence de contact.

Mettre en scène une œuvre au rythme du décor qu’il dresse n’est pas nouveau, c’est même une intention très louable, car elle parvient souvent à offrir un surplus de « réel » bienvenu dans un long métrage. Kelly Reichardt réussit ce qu’on apprécie dans un film choral. Elle permet au cinéma, à travers la mise en scène, de s’immiscer dans nos vies, en les manipulant tout en nous faisant comprendre que l’existence est parfois le jeu du hasard. Le problème de Certain Women, c’est que ces liens sont si infimes qu’ils n’arrivent jamais à offrir cette sensation au spectateur. Les coupures entre les trois récits sont certes très bien opérées, mais tous ces destins de femmes un peu paumées sont si tristes qu’ils donnent au film une torpeur dont on aimerait bien se sortir. Tout le monde est désespéré dans ce coin des États-Unis, dans le froid et l’absence de contact. Et bien que ce récit soit centré sur des femmes, aucun propos ne s’en dégage vraiment. Plus triste, encore, est la manière qu’à Kelly Reichardt d’essayer de donner à son métrage une part naturaliste, presque documentaire à certaines scènes (dans le second récit notamment), ce que le film n’est pas.

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remarquable Kristen Stewart dans une relation à sens unique

Le problème de Certain Women ne vient donc pas du fait qu’il est soporifique, mais que malgré toutes les intentions qu’on peut dégager de son scénario, il ne parvient jamais à aller au bout des choses. La frustration est énorme, notamment dans le dernier segment. La cinéaste met en scène la remarquable Kristen Stewart (Beth Travis) dans une relation à sens unique avec une jeune fille. Beth se retrouve régulièrement dans un diner où les deux femmes apprennent à se connaître et discutent pour tuer la monotonie. Ces scènes ne leur apportent rien : elles continuent sur leur lancée et reprennent le misérable cours de leur vie. Le film ne sauve pas le destin de ses personnages et n’offre qu’un final désespérant et fataliste. Il n’est pas certain que Kelly Reichardt puisse obtenir encore le Grand Prix du festival comme il y a trois ans, pour Night Moves.

Certain Women, Kelly Reichardt avec Michelle Williams, Kristen Stewart, Laura Dern et Rosanna Arquette. Sortie inconnue. 1h47

Étudiant en cinéma, j'apprécie tous les genres et passe mon temps à enrichir ma culture cinématographique. HIMYM me bouleverse, SPEED RACER me sidère, MULHOLLAND DRIVE me fascine.

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