Je veux être Actrice, tendre et attachant

Nos notes

D’un prénom d’actrice elle a écopé, Nastaschija. Un prénom chiant, parce que personne ne sait l’écrire tant que tu ne deviens pas connu.

Nastashjia veut être actrice. Son père est réalisateur, c’est Frédéric Sojcher, auteur notamment de Cinéastes à tout Prix, ce documentaire remarqué avec Jean-Jacques Rousseau, le cinéaste de l’absurde.

Dans Je veux être Actrice, chacun joue son rôle et peu de scènes semblent écrites. Ceci donnant lieu à un objet hybride, à mi-chemin entre le documentaire et la fiction, réflexion sur ce qu’est le jeu d’acteur. Et des acteurs, Natachsia en a fait une liste, qu’elle souhaite interroger, comme Black Mamba faisait sa liste des personnes à tuer pour arriver à Bill. Natashia sait ce qu’elle veut, et sait qu’elle doit savoir ce qu’elle veut si ce qu’elle veut c’est devenir actrice. Alors à François Morel, à Denis Podalydès, à Micheline Presle, à Patrick Chesnais et j’en passe elle va demander ce que c’est que d’être acteur.

Le film est fait de rencontres, donc. Et, de fait, de petits moments de grâce face à ces monstres de cinéma. Chacun joue son propre rôle, face à la caméra. Saisissant est le contraste de prestance entre Natashcia, jeune débutante, reporter ayant préparé ses questions, et ces vedettes, habituées aux caméras, moins aux enfants reporters face à eux. Pourtant, comme l’explique Podalydès : « Tu mets un enfant débutant face au meilleur acteur du monde sur une scène, les gens ne vont regarder que l’enfant. » Et en effet, Natacshia est fascinante. Sûrement parce que filmée par son père au cours de sessions de tournage-moments de complicité d’un père et sa fille. Tantôt ennuyée, tantôt passionnée, tantôt vive, tantôt paumée, elle incarne ce qui se rapproche le plus de la vérité face caméra.

Alors parfois, quand Natachjia semble s’ennuyer, papa Frédéric relance l’interview. Au détour d’un petit dialogue avec sa fille, d’ailleurs, il envisagera la possibilité que celle-ci veuille en réalité devenir ce que lui souhaitait être, gamin. Alors on sent le trouble, cette prise de conscience du piège qui se renferme sur Natajia, de cette caméra qui tourne sans cesse.

Chaque rencontre est formidable. Jacques Weber parle avec panache de panache, Philippe Torreton raconte avec un long nez Cyrano, mais surtout François Morel évoque son rapport au mot autour d’une partie de Scrabble. Sublime scène où l’acteur raconte son métier avec tendresse et sincérité avant de ne pouvoir s’empêcher de réciter une magnifique tirade évoquant son rapport au rythme, aux mots, au théâtre. Autour de lui, Nastassia, son père et Micheline Presle sont électrisés, et nous avec. Ce que nous disent ces tribunes à différents acteurs, c’est leur amour du jeu. Et d’ailleurs, ceux-ci détonent avec le personnage du « Papou », le grand-père de Natachsjia, professeur de philosophie confident de la jeune fille, qui, pour répondre à son fils lui demandant ce qu’il pense de son interprétation dans le film, explique « Je joue bien quand je ne joue pas ».

C’est sur cette phrase que porte l’entretien clé du film, rencontre de Nataschja avec Denis Podalydès. En face à face, Podalydès va proposer à la jeune actrice une vraie leçon d’acting, la questionnant sur ce que c’est que jouer. Il ne la quittera pas des yeux, jusqu’à lui faire complètement oublier la caméra. L’interview écrite se muera en formidable passe d’armes entre les deux acteurs. Le documentaire se transformera en fiction. Et le discours des différents acteurs du film de prendre tout leur sens, et de résonner a posteriori. Un bon acteur, c’est quelqu’un qui sait écouter, expliquait Jean-François Dérec face à Natachjia. C’est un type qui a du panache, disait Jacques Weber à la jeune fille. Le métier d’acteur prend forme dans la tête du spectateur, la forme de Natajsia, qui habite le film au fur et à mesure que la scène avance. Nastasjia, c’est Nastasjia. S-T-A-S-J-I-A.

Maintenant, elle va retourner sur les planches de son atelier théâtre, pleine de gouaille, pleine de vie.

Quoiqu’il advienne, elle aura tourné dans un beau film.

Je veux être Actrice, de Frédéric Sojcher avec Natasjia Sojcher – Sortie le 20 janvier

Verdict ?

(Dzibz n’étant pas mon vrai prénom)
Red’chef ici, extrêmement sévère avec les autres, mais pas du tout avec moi, hashtag YOLO.

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