Crazy Amy, la meilleure comédie de l’année

Nos notes

Comment essayer de « tuer » un film, qui plus est la meilleure comédie de l’année, mode d’emploi…

Attendez quatre à cinq bons mois après sa sortie US, laissez ledit film se propager tranquillement sur la toile et sortez-le en France dans un nombre réduit de salles face aux gros blockbusters de l’année. C’est malheureusement le sort aujourd’hui réservé à Crazy Amy (Trainwreck en VO), carton surprise aux Etats-Unis en juillet dernier (plus de 100 millions de recettes pour une comédie sans réelle tête d’affiche) et deuxième plus gros succès de la carrière de Judd Apatow. Le mec est rien de moins que le « nouveau » (depuis plus de 10 ans quand même) pape de la comédie outre-atlantique, réalisateur et producteur de génie – on lui doit dans le désordre les pépites Funny people, Supergrave, la série Girls, Mes meilleures amies, 40 ans mode d’emploi et on en passe -.

Sauf qu’en France, s’il a réussi à trouver son public avec 40 ans toujours puceau en 2005 (plus de 400 000 entrées, un succès néanmoins relatif), le sieur Apatow reste un quasi inconnu, un mystère, principalement vénéré par quelques critiques et par les geeks. L’un de ses meilleurs films, l’un de ses plus personnels aussi, Funny People avec ses potes Adam Sandler et Seth Rogen, sa femme et même ses filles au casting (une habitude chez lui), n’avait pas dépassé les 50 000 entrées en 2009. On espère que Crazy Amy ne connaîtra pas le même destin le 18 novembre alors que se profile le même jour le très attendu (heu ? par qui en fait ?) dernier volet de la trilo-quadrilogie Hunger Games.

Présenté au Festival de Deauville en septembre dernier, le – seulement – 5e film d’Apatow réalisateur est ce qu’on a vu de plus réussi en terme de comédie cette année, voire même depuis très longtemps. Au moins depuis 2013 et… 40 ans mode d’emploi.

Sauf que si 40 ans… était à nouveau le moyen pour le réal américain d’étaler sa vie sur grand écran, rien de tel avec Crazy Amy. Pour une fois, il ne convoque qu’un seul de ses proches, le méconnu mais génial Bill Hader, et offre le premier rôle à la survoltée Amy Schumer, à l’origine du scénario. Une première aussi pour Apatow qui filme les états d’âme sur papier d’un(e) autre. Jusque là habituée aux seconds rôles et aux séries, Schumer, ancienne du stand-up, d’où sont aussi issus Apatow et sa bande, est une incroyable révélation comique.

Certains ont érigé à tort et sûrement trop rapidement Mélissa McCarthy nouvelle reine de l’humour outre-atlantique, c’était sans compter sur Schumer, beaucoup plus fine dans son humour moins en force, moins vulgaire quoique tout aussi trash et délurée, et qui devrait la déloger sans grande peine.

Schumer est donc la Amy du titre français. Une trentenaire moderne et décomplexée qui travaille comme journaliste pour un magazine masculin et enchaîne les relations d’un soir. Jusqu’au jour où sa rédactrice en chef l’envoie enquêter sur un médecin sportif (Hader) bien sous tout rapport.

On vous laisse deviner la suite.

Sauf qu’on est loin d’une comédie romantique bon enfant. On y parle de cul, on y montre du cul (celui de John Cena surtout. Si, si, la star du catch dont les enfants jouent avec la figurine dans les cours d’école), on évoque pêle-mêle la maladie, la solitude, l’amour, mais souvent au premier voire au second degré, avec cette finesse d’écriture et de mise en scène dont Apatow est le maître, celle joliment planquée derrière l’aspect régressif du premier abord.

Le film, contrairement à Funny People, est extrêmement drôle au premier contact. Il jouit en effet d’un humour bien senti qui fait de ce long (plus de 2h15) métrage une vraie réussite, avant même le générique. La scène d’ouverture, en noir et blanc, est en ce sens déjà culte. L’un des atouts d’Apatow est aussi et surtout d’avoir réuni un casting 9 étoiles. Oui, d’habitude c’est 5, et plus de 8 étoiles ca n’existe pas, même pour les hôtels à Dubaï, mais nous on en met 9 quand même. Et alors, on fait ce qu’on veut.

Schumer et Hadler se font presque voler la vedette par… Lebron James. Oui, oui, vous avez bien lu. Lebron James, le surmédiatique basketteur NBA, successeur annoncé de Michael Jordan, qui prouve qu’il n’est pas seulement un basketteur hors norme mais aussi un acteur né. Ses répliques sur sa présumée avarice et son sens de la répartie claquent aussi sûrement que ses dunks. On retrouve aussi au générique la sublime Brie Larson, une Tilda Swinton méconnaissable, Daniel Radcliffe en SDF promeneur de chiens (attention fous-rires de l’année garantis), Marisa Tomei, Matthew Broderick… Seul regret, le – très mauvais – rôle dont a écopé le surdoué Ezra Miller, seule petite déception du film.

Pas de quoi pour autant passer à côté de cette comédie survitaminée à l’humour absurde qu’on vous presse – qu’on vous oblige, même – à aller voir le 18 novembre prochain.

Crazy Amy, de Judd Apatow avec Amy Schumer – Sortie le 18 novembre 2015

Verdict ?

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