Match Point : Avantage, Woody Allen

Nos notes

Match Point s’ouvre sur un filet de tennis et une citation « I’d rather be lucky than good » attribuée à Lefty Gomez, joueur de base-ball américain des années 30. Un peu plus tard dans le film, les protagonistes discutent, sous la plume toujours aussi inspirée de Woody Allen, sur la place de la chance dans la vie. C’est évidemment le nerf majeur du film, qui s’appuie de manière remarquable sur cette question pour construire une fable cynique.

La chance est évidemment mal vue dans le sport. Un coup chanceux n’est pas mérité et constitue donc une trahison des règles censées favoriser le meilleur. Vous avez sans doute vu les tennismen faire semblant de s’excuser après avoir marqué un point en touchant le filet alors qu’ils doivent danser la carioca dans leur tête. Mais, après tout, est-ce qu’il ne faut pas nécessairement un peu de chance pour réussir ? Ces moments de suspension quand le ballon de basket danse sur l’anneau, quand le ballon de foot se dirige vers le poteau, quand la balle de tennis hésite au-dessus du filet sont partie intégrante du sport. Est-ce dû au talent du joueur si la balle finit par aller au bon endroit quand cela se joue à quelques centimètres ? Sûrement. Mais la chance est quand même une alliée qu’il vaut mieux avoir dans son camp.

Ces joueurs, par exemple, sont nés sous une bonne étoile

L’intrigue, vous la connaissez. Un professeur de tennis (joué par le plutôt mauvais Jonathan Rhys-Meyers) trompe sa fiancée avec la copine de son futur beau-frère (interprétée par l’impeccable Scarlett Johansson. La copine hein, pas le beau-frère). Hésitant entre une vie confortable avec sa promise et la relation passionnelle et sans avenir qu’il entretient avec sa maîtresse, il est forcé de trancher de manière assez radicale lorsque son amante tombe enceinte. Que vient faire le sport dans tout ça me direz-vous ?

Woody Allen ne sert pas du tennis comme d’un simple prétexte pour que les personnages se rencontrent. La métaphore entre la séduction et le sport est rapidement établie par Nola qui reproche à Chris son jeu trop agressif. Conquérir la belle demoiselle reviendrait alors à un jeu, une compétition. Chaque parole, chaque décision sert à marquer des points jusqu’à la conquête finale. Cette vision de la drague comme jeu a d’ailleurs un succès fou au Japon où les jeux vidéo de drague sont légion. Cette métaphore est cependant très ordinaire et montre vite ses limites. Elle ne servira d’ailleurs plus dans le reste du film.

Il faut donc revenir sur le terrain de la chance. [Attention, ici je rentre dans le détail de l’intrigue, lecteurs innocents, allez donc voir le film avant de continuer.] Avec deux scènes formidables, Woody Allen se sert de sa métaphore sportive pour faire tenir le suspense du film. La scène d’ouverture joue en effet une importance considérable. On y voir un filet au-dessus duquel la balle de tennis va et vient pendant un échange. Puis la balle venant de la droite heurte le filet, flotte dans les airs sans que l’on sache de quel côté elle va tomber. Le spectateur sait que si la balle tombe à droite, le joueur qui a envoyé la balle perd, si elle tombe à gauche il gagne. Il suffit de connaître les règles de base du tennis pour enregistrer inconsciemment cette information. Plus loin, dans le film Chris doit se débarrasser de la bague donnée par Nola, en la jetant la bague accomplit la même trajectoire que la balle. Dans le plan, une rambarde remplace le filet et l’objet la heurte avant de retomber à droite. Le spectateur interprète immédiatement cette scène comme une défaite de Chris. Le parallélisme des deux plans nous conduit à penser que la bague est tombée « du mauvais côté » et qu’elle sera la preuve qui accablera le meurtrier.

Balle de match

Et c’est que le film est très malin. Les scènes finales retournent la situation. La bague finalement prise par un clochard servira à disculper Chris aux yeux des policiers. La scène introductrice qui semblait servir uniquement introduire le terme de la chance et le métier du héros a en réalité une importance cruciale dans la construction du film et dans la façon dont Woody Allen berne le spectateur. C’est bien la chance qui sauve finalement Chris et lui permet de vivre sans avoir à répondre de son meurtre. Il a remporté la victoire. Comme dans le sport, la chance détermine profondément nos vies. La notion de mérite est forcément limitée par ce constat et il est illusoire de penser que la victoire arrive forcément à ceux qui ont tout fait pour l’atteindre. Le sport est la première école des injustices (France- RFA 1982 !!!!!). Ce film qui est sûrement l’un des meilleurs de Allen, nous le rappelle. Heureusement cela ne nous empêche de jouer, bien au contraire. Et comme disent les chanceux pour se rassurer : « la chance, ça se provoque ».

Match Point, de Woody Allen avec Jonathan Rhys Meyers, Scarlett Johansson, Emily Mortimer, Matthew Goode, Brian Cox et Penelope Wilto. 26 octobre 2005. 2h.

Verdict ?

Ouvert à la discussion et tolérant, je ne pense pas détenir la vérité sur les films que je critique. Il se trouve seulement que j’ai meilleur goût que vous. Quand je ne regarde pas des films, je lis des comics parce que rêve d’être Peter Parker. Vous pouvez me retrouver sur coup-critique.fr

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