La Tête Haute, le cinéma social pour les nuls

Nos notes

C’est la nouvelle mode. Des films à cris, à pleurs, sans répit. D’abord Polisse, ensuite Mommy, maintenant La Tête Haute : on va au cinéma pour se prendre des claques, se faire retourner l’estomac et se voir asséner une réalité bien difficile par des bien nantis qui en font un fond de commerce.

Le procédé marque en effet d’emblée par sa malhonnêteté. Catherine Deneuve – que l’on adore mais dont les récentes déclarations à propos de la ville de Dunkerque vont dans le sens de notre propos – au regard de chien battu, Sara Forestier qui ressemble à un caméo de Sara Forestier dans un sketch de Golden Moustache et un petit nouveau qui crie fort sont dans un bureau. C’est chez le juge pour enfants.

Façon Mommy, donc, il va ici être question du chemin de vie d’un jeune délinquant, ballotté entre famille peu enclin à le remettre dans le droit chemin, foyers, prison et système éducatif « normal » frileux.

Le film est un sacré travail d’orfèvre, mixte en 2 heures bien tassées de tout ce qui peut t’arriver quand tu voles des voitures. On passe également par tous les ressorts scénaristiques possibles, à savoir grossesse, avortement, problème avec le petit frère, maman qui trouve un nouveau mec, histoire d’amour, etc.

Bref, on est bien là face à un film qui part dans tous les sens sans réel pilote aux commandes.

Face au déferlement d’événements, emporté dans le tourbillon de la vie de ce jeune homme, il faut une culture Tellement VraiConfessions Intimes pour ne pas céder à l’ennui. La tentative, toujours, de passage en force, a pour conséquence la mise à distance des héros, leur déshumanisation, et ainsi la fameuse barrière, celle qui fait que l’on ne regarde plus un film, mais ses ficelles. Et celles-ci ne sont pas belles à voir…

Parce que la semaine dernière, nous vous parlions du très beau La Loi du Marché, autre film à l’affiche dont la volonté est de montrer une réalité sociale difficile, et qui y parvient sans un cri, sans un amas compulsif de musiques vouées à exacerber ce que le spectateur doit ressentir à un instant T. Chez Brizé, il est question du non-événement, de faire coller au mieux possible l’objet filmique à ce qu’il raconte.

Ici, c’est la génération Buzzfeed au scénario, la génération des Top 10, sans temps mort, sans la moindre possibilité laissée au spectateur de se poser des questions : lui asséner des réponses. Ce cinéma tellement sûr de lui, peut-être nous montre-t-il des vérités, certainement, même. Je ne doute absolument pas du travail de recherche que sa réalisatrice a dû effectuer en amont. Pour autant, il ne s’ancre jamais dans la réalité, la faute à son souci permanent de rebondir, de séduire. Ce cinéma-là n’est pas aimable, pour quiconque aime un tant soit peu être pris au sérieux. Il vous mâche le travail.

Maïwenn, Xavier Dolan, Emmanuelle Bercot, et bientôt d’autres. Artisans de la Buzzfeedisation du Septième Art. Evidemment, c’est plus facile à regarder que La Loi du Marché, c’est paradoxalement comme certains diraient « moins prise de tête ». C’est le behaviorisme contre la pédagogie piagétienne. D’un côté, la certitude qu’il faut asséner pour éduquer, de l’autre la croyance en un procédé plus subtil, où l’on ne ferait réfléchir qu’en suggérant.

La Tête Haute, film à 1000 db/m, marque également par la petitesse de sa mise en scène. Là où Xavier Dolan parvenait au détour de certaines scènes de Mommy à imposer un semblant de patte, dans ses images très léchées de petits détails très beaux (le tombé d’une robe, les cendres d’une cigarette), on a ici affaire à l’arnaque du siècle : Bercot filme comme un reportage du JT de TF1. Aucune inventivité, du champ-contrechamp à n’en plus finir, et un matériau finalement vide de toute âme.

Côté acteurs, c’est également le calme plat. On n’est même pas dans le performance comme on peut l’être à chaque fois chez Maïwenn, on est dans l’imitation à peu près. Magimel fait un Gérard Klein sans moto, Deneuve n’a pas grand chose à se mettre sous la dent, et le je-cite-ce-que-j’ai-lu nouveau prodige Rod Paradot crie fort et baisse la tête. Il le fait certes bien, mais pas grand chose à voir avec les pépites kéchichiennes.

Le plan final du film montre le héros sortant du palais de justice, s’attardant donc sur cet édifice bordé d’un drapeau tricolore. C’est le seul plan fixe qui dure un peu du film. La symbolique pour les nuls.

La Tête Haute, d’Emmanuelle Bercot avec Rod Paradot et Catherine Deneuve – Actuellement en salles

Verdict ?

(Dzibz n’étant pas mon vrai prénom)
Red’chef ici, extrêmement sévère avec les autres, mais pas du tout avec moi, hashtag YOLO.

1 Comment

  • Répondre juin 5, 2015

    Ytterbium

    Excellente critique ! Ca fait du bien de lire des critiques négatives pour un film, mais qui sont argumentées, modérées et bien construites, et qui en profitent aussi pour faire l’état des lieux de ce qu’on nous offre au cinéma.

    Continuez le bon boulot !

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