The Americans, saison 3 : un secret de famille

La saison 3 d’une des séries les plus passionnantes du moment se termine en conservant son aura de mystère, assortie d’une violence psychologie glaçante. Comme dans Les Sopranos, comme dans Breaking Bad, un malaise durable contamine le spectateur, qui tombe à la suite des personnages dans le gouffre que surplombe et dissimule la façade fleurie de la famille américaine typique. Très différente par la forme de ses consœurs d’HBO et AMC, The Americans creuse pourtant la même veine : quel monstre se cache derrière l’American way of life ?

Ainsi, cette troisième saison se concentre sur le cataclysme personnel que va vivre la fille du couple d’espions lorsqu’elle passera de l’autre côté du miroir. Pressentie pour être un espion de deuxième génération, la jeune Paige est « préparée » par ses parents à quitter sa chrysalide de sale gosse américaine pour devenir une froide espionne russe, comme sa maman. Mais les plans conjoints des parents-espions et du KGB sur l’avenir de la jeune fille pèsent de moins en moins lourd en regard de la métamorphose que doivent opérer les deux « américains » : si leur fille entre, lors d’un rite de passage à l’âge adulte puissance mille, dans l’ère du mensonge, Philip et Elisabeth doivent, pour leur part, assumer leurs choix pour la première fois devant leur progéniture.  Dès lors, le pain quotidien de la cruauté est plus difficile à avaler (superbe épisode 9 qui voit Elizabeth pousser au suicide une femme âgée qui lui demande quel bien peut sortir de tant de cruauté).  De l’une (Paige) ou des autres (le couple), qui cassera le premier ? Car la saison 2, qui montrait la famille doppelgänger des Jennings se faire sauvagement assassiner par le fils mis devant la réalité nue, ne laisse guère de doute : le mensonge est à la racine de toutes les tragédies.

C’est le signe des grandes séries, la saison trois gonfle les enjeux. Mais plus étonnant, The Americans, par son mouvement constant entre vérité et mensonge, prend en charge certaines « meta » questions posées par ce qui constitue le gros point faible de la série depuis la saison 1 : son casting. Car comment « croire » à cette imposture d’agents russes entraînés pour être de parfaits américains lorsque les acteurs qui les incarnent sont eux-mêmes anglais ? Pour tourner à plein régime, il eût fallu que la série apporte aux questions intra-diégétiques (un agent russe peut-il parler l’américain sans accent ? peut-il acquérir une culture 100% américaine au fin fond de l’URSS ?) des réponses extra-diégétiques (de « vrais » acteurs russes qui montrent que la méprise est possible en « jouant » les américains). De par son casting peu crédible (d’autant plus que les acteurs, fussent-ils anglais, n’ont rien de génial), The Americans ne convainquait jamais tout à fait.

Mais, habilement, la saison 3 représente ce doute originel à l’écran et c’est avec satisfaction que le spectateur regarde le malaise saisir Philip et Elizabeth tout autant que leurs interprètes Matthew Rhys et Keri Russel, lorsque la jeune Paige leur intime de balbutier quelques mots de russe. Peu convaincu, mais soulagé, le spectateur peut alors profiter pleinement d’une série à l’écriture subtile et hypnotique qui décline dans ses plus terribles acceptations (inceste, parricide…) le secret de famille.

The Americans, saison 3. Créée par Joe Weisberg, avec Matthew Rhys, Keri Russel, Noah Emmerich et Annet Mahendru, prod. : FX, USA, 2015, 13X52 min. Diffusé en France sur Canal + séries.

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