Man Seeking Woman, saison 1 (50 raisons de détester Adolf Hitler)

Nos notes

On met souvent en avant, à raison, cette nouvelle génération de comédies conduites par des femmes, ne cachant pas leurs positions féministes. Elles peuvent être girly, telles les succulentes A New Girl ou The Mindy Project, corrosives comme les premières saisons de Girls, et surtout Broad City, mais aussi généreuses comme Parks and Recreation. On en oublierait presque qu’en parallèle, d’autres comédies, conduites cette fois, par des hommes cherchent à redéfinir l’image du mâle moderne dans la fiction télévisuelle. Une image tout aussi progressiste qui s’inscrit dans cette même redéfinition des rapports hommes-femmes, mais aussi et surtout en creusant, ce qui hier encore était vu comme une faiblesse, les sentiments humains.

Louis C. K. fit figure, pour cette nouvelle génération, de grand frère lorsqu’il arriva avec son autofiction Louie. Si en cinq saisons, Louie a réussi à dresser le portrait complexe et sensible d’un maniaco-dépressif, d’autres séries ont cherché à approfondir les angoisses des hommes. Ainsi Flight of The Conchords a elle aussi contribué à l’essor de ce nouveau regard sur les jeunes hommes. Dans cette série, aux airs de comédie musicale, il était question de déracinement, celui des fondateurs du groupe Néo-Zélandais « Flight of The Conchords » dans la grosse pomme. Il était aussi question des difficultés financières des deux Conchords : Jaime Clement et Bret Mckenzie. Surtout, avec l’aide du réalisateur James Bobin, les deux compères réussissaient à transformer leur infortune, comme leurs déceptions amoureuses, en d’hilarantes fantasmagories. C’est sur ce terreau de frustrations masculines que se sont construites, plus tard, Hello Ladies de l’anglais Stephen Merchant, et surtout Man Seeking Woman de Simon Rich. Sympathique, Hello Ladies charmait avant tout grâce au rapport qu’entretient le grand échalas, Marchant, avec les corps. Toute la saveur de cette fiction reposait sur le rapport au corps du showrunner et acteur principal aux autres et envers lui-même. Si Hello Ladies n’a pas réussi a franchir le cap de la seconde saison c’est sans doute parce Merchant n’arrivait pas à creuser un peu plus les failles de son personnage.

Là où cette fiction se démarque, c’est par son ambition. Man Seeking Woman, en à peine une saison, s’établit déjà comme une série d’une autre envergure. Josh Greenberg, être hyper sensible, est dès les premières secondes de la série, largué par sa petite amie, et comme tout un chacun, le ciel lui tombe sur la tête. Pour lui, ce sera littéral. Armé d’un humour acide jouissif, Simon Rich pulvérise au bazooka les frontières entre la réalité de la fiction et les fantasmagories de son personnage. Parfois taxé de misogynie, Man Seeking Woman nous amène dans un univers pas si éloigné des délires d’Orelsan. On a beau être progressiste, les ruptures nous amènent souvent à des pensées malheureuses. Là où le rappeur convoque Bertrand Cantat, Simon Rich en appelle à Adolf Hitler. Il est vrai que, entre nous, les nouveaux mecs de nos ex ne sont rien d’autre que des salopards. De la même manière l’univers geek du rappeur s’incarne assez bien dans les personnages secondaires. En premier lieu, Mike, le colocataire et meilleur ami de Josh dont le monde tourne avant tout autour de Tinder et des jeux vidéo. L’ex de Josh a quant à elle un meilleur ami, Tanaka, sortant tout droit d’Urotsukidoji que ne renierait pas l’auteur de « Different ». Hautement surréaliste, Man Seeking Woman captive également par sa capacité à limiter sa première saison au seul évènement de la rupture amoureuse. Simon Rich creuse d’épisode en épisode les différentes manières de tromper son chagrin et la capacité de l’imagination à nous faire oublier la douleur. La série amènera ainsi le spectateur des rues de New York jusqu’au Paradis, en passant par une invasion d’extraterrestres libidineux et fascistes. Tout cela parce que Josh s’est fait larguer. Le dernier épisode, sans doute le plus fou de tous, rappellera finalement l’un des meilleurs épisodes de la cultissime Community. Les multiples fous rires qui estomaquent à tous les coups nous amènent cependant à nous poser la question : Simon Rich et son équipe pourront-ils tenir le rythme ? On l’espère en tout cas.

Man Seeking Woman, saison 1. Série créée par Simon Rich. UK, 2014, 10×22 min. La saison 1 est diffusée sur FXX depuis le 14 janvier 2015.

Verdict ?

Après un parcours scolaire chaotique et pas mal de soirées vidéo bis, je me réfugie à l’université pour y faire grève et bouffer du film. Je m’y passionne pour la critique et l’écriture de scénario. Depuis, je m’efforce de trouver du boulot là où il est question de ciné. Après La Cinémathèque Française et UniversCiné et des collaborations aux Fiches du Cinéma et Culturopoing, je pris goût à l’ivresse du pouvoir, en 2012, en co-fondant Cinématraque. Je collabore également à La 7e Obsession.

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