Une histoire américaine : rupture « à la française »

Nos notes

Une nuit, à New York, un homme déambule seul dans les rues. Sur son téléphone portable, la photo d’une femme qu’il montre à qui veut la voir.

Une histoire américaine, d’Armel Houstiou, rappelle étrangement deux autres films portés par Vincent Macaigne, Tonnerre et La Bataille de Solférino, dans lesquels, déjà, il aimait une femme qui ne l’aimait plus. Et, ici encore, la reconquête de l’être aimé passe par un harcèlement entraînant une foule de situations ubuesques, mais aussi, souvent, dramatiques.

histoire américaine

A l’inverse de Tonnerre ou La Bataille…, Une histoire américaine souffre de sa paresse scénaristique. Dialogues versant dans le « small-talk » et scènes improvisées, sans enjeux, contraignent le spectateur à faire le tri entre le remplissage et l’auto-satisfaction du récit. A trop vouloir coller au discours de son film – la stase qu’occasionne la rupture –, le récit se paralyse et tourne à la posture vaine. C’est semble-t-il l’impossibilité rencontrée par Hostiou : étendre le cadre de sa tragédie –  sur un entêté incapable de tourner la page –, à des perspectives plus larges.

Si le film est une énième partition sur la séparation, il s’adjoint pourtant deux très belles idées. La première, sous les traits d’une « rebound girl » pétillante et attachante –l’actrice Sofie Rimestad, rencontrée par hasard sur le tournage –, qui disparaît brusquement du film, laissant au spectateur un sentiment d’abandon intime, proche de celui éprouvé par le personnage de Vincent. La seconde tient davantage au tournage du film lui-même, scindé en deux parties – avec 1 an d’écart –, épousant ainsi deux états symptomatiques de la rupture, le déni puis la dépression. Dans la première « époque », Vincent Macaigne – fascinant, quoi qu’il joue –, apparaît le visage rondouillard, tendre et affable. Après une ellipse d’un temps indéterminé, c’est à une figure émaciée et taiseuse, portant les stigmates de la dépression. Abruti par son travail d’automate et dévoré par la ville – hommage à La Foule de King Vidor –, il espionne alors celle qui l’aimait, incapable d’en faire le deuil.

Une histoire américaine, Armel Hostiou, avec Vincent Macaigne, Kate Moran, Sofie Rimestad, France, 1h30.

Verdict ?

« Je sais, il y a la vie privée, mais la vie privée, elle est boiteuse pour tout le monde. Les films sont plus harmonieux que la vie, Alphonse. Il n’y a pas d’embouteillages dans les films, il n’y a pas de temps morts. Les films avancent comme des trains, tu comprends ? Comme des trains dans la nuit. Les gens comme toi, comme moi, tu le sais bien, on est fait pour être heureux dans le travail de cinéma »

f.t. dans La Nuit Américaine

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