[L’image de l’année] Direction Nihal (Winter Sleep)

Rares sont les films donnant l’impression de rester jusqu’au bout au niveau de leurs personnages, sans nous assurer jamais d’en savoir beaucoup plus qu’eux sur les causes profondes de leurs situation. Rares surtout sont les cinéastes capables de donner l’illusion qu’un personnage, un acteur, est le véritable directeur du plan, voire de la séquence. Tout au long du visionnage de Winter Sleep, et plus particulièrement dans les scènes incluant Nihal, jeune épouse du héros incarnée par la sublime Melisa Sözen, nous sommes invités à mesurer la gravité ou non du moment par le seul biais des infimes modulations d’un visage. Aussi bien lorsqu’elle affirme son autorité, en début de film, que lorsqu’elle subit l’humiliation des hommes, dans le dernier acte, Nihal, plus que les autres, est le réceptacle discret de la dramaturgie sobre, idéalement diffuse de Winter Sleep. De figure secondaire, pas immédiatement sympathique, elle s’affirme bientôt, à mesure que Ceylan accorde à sa parole et son écoute leur juste place, comme l’héroïne inattendue d’un mélodrame empêché. Ce plan n’est pas le seul du film à interroger la sensibilité de ce beau personnage, mais par sa tonalité, sa mise en valeur de ce visage saisissant en même temps que le hors champ qui le travaille, il figure sans conteste parmi ceux qui me restent de cette belle année.

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