Le Paradis, le sens des histoires

Nos notes

Un paon qui vient de naître. Et puis, quelques plans plus tard, qui meurt. Son existence est passée comme une comète, mais Alain Cavalier veut faire perdurer son souvenir. Il l’enterre au pied d’un arbre et lui érige une modeste stèle, faite d’une pierre et de clous. Caméra en main, il est décidé à revenir se recueillir devant ce minuscule mausolée, au fil des saisons. Le temps passe, la nature évolue, parfois transformée par l’homme, mais le petit monument funéraire, lui, demeure. Placé sous ce patronage funeste, Le Paradis se situe au carrefour de l’essai, du journal intime, du reportage, de l’œuvre expérimentale et assemble récit biblique, légende urbaine, épisode mythologique, témoignage face caméra… Il trouve son unité et sa cohérence en mettant sur un même plan ces récits disparates, ces histoires que l’on raconte et qui, parfois, nous racontent.

Entre Eve croquant le fruit défendu, Ulysse en pleine odyssée, Abraham qui s’apprête à sacrifier son fils Isaac ou cette adolescente adoptée relatant ses retrouvailles avec son géniteur, nulle hiérarchie, nulle chronologie. Les récits coexistent et, mis bout à bout à l’image de ces pliages de papier que l’on voit dans le film, agrafés pour former une guirlande, construisent une histoire de l’humanité qui se transmet par les mots, qui survivent aux hommes. Alain Cavalier se prête à une sorte de battle avec une jeune fille : à tour de rôle, ils énumèrent les expressions qui, à l’image du « talon d’Achille », traversent les siècles. Un peu plus loin, il entame un nouveau jeu autour des mots avec un « marabout-bout de ficelle ». Le Paradis a indéniablement un aspect ludique et amusé. Amusant, même, lorsqu’il s’agit de reconstituer une scène mythologique avec une statuette représentant une chouette et un petit robot de métal. Alain Cavalier, 83 ans, joue comme un gosse. Il ne se prend pas au sérieux, mais dit des choses sérieuses avec légèreté. Si la mort, c’est l’oubli, alors il faut entretenir le souvenir – comme il le fait pour ce bébé paon autour duquel il raconte une histoire en lui offrant une sépulture –, et continuer à raconter des histoires.

Le Paradis, Alain Cavalier, France, 1h10.

Verdict ?

Je suis cinéphage, avec un appétit particulier pour les films de genre. Je fais rarement la fine bouche, je ne dis pas « je n’aime pas » tant que je n’ai pas goûté, et je peux même me régaler de films que beaucoup trouveront indigestes. Mon péché mignon : le cinéma horrifique italien. Mes recettes préférées : celles du chef Dario Argento. Et quand je ne m’attable pas devant un film, je suis journaliste.

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