Ablations

Nos notes

C’est avec une certaine appréhension (film de « genre » made in France, mouais…) que j’assistais à la projection d’Ablations, qui dépoussière à sa manière la vieille légende urbaine du vol d’organe(s). Passé par l’école du court métrage, puis révélé sur le net grâce à un clip pour David Lynch, Arnold de Parscau signe ici son premier long, d’après un scénario du trublion Grolandais Benoît Delépine. Réunissant Denis Ménochet, Virginie Ledoyen et un casting fort en « gueules » (tels Philippe Nahon ou Yolande Moreau), le film du jeune réalisateur tente une percée sur le terrain miné du thriller psychologique.

Si le postulat de départ (un homme se réveille groggy d’une soirée avinée, sans le moindre souvenir, et avec un rein en moins) pourrait évoquer les premières minutes d’une comédie américaine, le film n’en conserve que les attributs de l’absurde. Rapidement, la faute à certaines directions de scénario assez discutables (pourquoi diable, dans une telle situation, se priver de l’aide de la police ?), le récit s’enferme dans une quête linéaire et ennuyeuse truffée d’invraisemblances. Pastor, mutilé donc, dépouillé d’un rein, part seul à la recherche de celui-ci. Le retrouvera-t-il ? C’est au terme d’une conclusion hâtive et moralement ambiguë que le spectateur sera enfin délivré de son attente quasi insoutenable. Malgré les quelques irruptions comiques de second degré, qui prêtent à sourire (une dissection sous une tente Quechua, le deuil d’un alpaga au zoo), Ablations se veut surtout un film sérieux. Un peu trop sans doute.

Quand le très réussi La Dernière Séance de Laurent Achard (2011) parvenait sans mal à s’affranchir des modèles américains du même genre, jamais Ablations ne dépasse son statut d’objet de fantasme lynchien. Dans les incursions fantasmagoriques du personnage incarné par Denis Ménochet, ou dans les représentations chimériques un peu cheap, le film se noie dans des références baroques et autres effets de style pompeux, lesquels prennent l’apparence de cache-misère pour un scénario en manque de densité et de tenue. Malheureusement, le réalisateur zélé, encore trop assujetti à son grand maître (Lynch, donc, mais l’ombre des premiers Cronenberg n’est pas loin non plus), ne parvient pas à exister, tant il semble aussi déployer toute son énergie à rendre son scénario lisible et cohérent. Comme écrasé par l’aura burlesque de son scénariste, Arnold de Parscau paraît tenter l’impossible. Quand il y parvient, à quelques rares occasions et durant des scènes intimes fortes entre Denis Ménochet et Virginie Ledoyen, le metteur en scène développe enfin les prémices d’un style personnel et tempéré. Et, dans son expression plus classique, convainc parfois en filmant, sans esbroufe, ces deux corps sous la lumière qui jouent à déchirer.

Le cul entre deux chaises, ni jamais thriller, ni jamais « Noir », comme il se revendique, Ablations peine à convaincre. Si la mise en scène manque encore de richesse dans sa grammaire, elle augure néanmoins de belles envies de cinéma pour le jeune metteur en scène. Gageons que, dans son prochain film, il aura ce petit grain de folie, ce zeste de tempérance et cette pincée de maturité pour faire de son histoire autre chose qu’un sage objet de culte.

Ablations, Arnold de Parscau, avec Denis Menochet, Virginie Ledoyen, Philippe Nahon, France, 1h34.

Verdict ?

« Je sais, il y a la vie privée, mais la vie privée, elle est boiteuse pour tout le monde. Les films sont plus harmonieux que la vie, Alphonse. Il n’y a pas d’embouteillages dans les films, il n’y a pas de temps morts. Les films avancent comme des trains, tu comprends ? Comme des trains dans la nuit. Les gens comme toi, comme moi, tu le sais bien, on est fait pour être heureux dans le travail de cinéma »

f.t. dans La Nuit Américaine

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