Hope, l’espoir fait survivre (le jour où j’ai rencontré des destins)

Cette année, notre rédactrice Louise Riousse représentait Cinématraque au sein du jury du Prix Révélation France 4, présidé par la cinéaste Rebecca Zlotowski : compte-rendu et critique des films de la sélection.

Au moment de présenter son film, Boris Lojkine déplorait le fait qu’aucun de ses comédiens n’aient été autorisé à venir en France pour partager ce grand moment avec lui. Le réalisateur montrait son travail devant un public pour la toute première fois, et par la même occasion sa première œuvre de fiction. Place à Hope.

Jusqu’alors, Boris Lojkine avait réalisé des films documentaires, à l’image des Ames errantes en 2005, qui suivait des hommes à la recherche des corps de leurs camarades tombés sur le champ de bataille pendant la guerre du Vietnam. Une veuve éplorée se joignait à eux dans cette quête éperdue, espérant que l’âme de son mari puisse enfin trouver la paix. Cette année, Boris Lojkine était sélectionné à la Semaine de la Critique pour son premier long métrage de fiction, Hope. Le film, qui retrace les pérégrinations de Hope et Léonard, une Nigériane et un Camerounais réunis par les hasards de la survie et rêvent de gagner l’Europe, est reparti vainqueur du Prix SACD. Rebecca Zlotowski, présidente du jury du Prix Révélation France 4, a quant à elle distingué le film d’une mention spéciale, rappelant que le cinéma avait notamment vocation à nous éveiller aux difficultés de notre monde.

La frontière entre fiction et documentaire est parfois floue, parfois inopportune. Dans le cas de Hope, le recours à la fiction relève d’un choix au moins doublement justifié par Boris Lojkine, qui d’une part souhaitait que son récit se pare d’une vraie dimension romanesque, et qui d’autre part voulait porter un regard neuf sur les territoires et les personnes qu’il filme, souvent captés par le prisme du documentaire. En conférant une dimension fictive au récit, il met en lumière la force épique des destinées de ses personnages, prêts à tout pour s’en sortir, et peut laisser place à l’épopée de deux compagnons d’infortune apprenant à s’aimer, qui bravent les épreuves les unes après les autres. C’est ainsi qu’ils échapperont tantôt aux chefs de ghettos qui gèrent de petites communautés – plutôt malveillantes – recréées pour les nouveaux arrivants au Maroc, tantôt aux patrouilles de police ou aux passeurs peu scrupuleux. Hope et Léonard se font les héros de leur propre légende, tout à la fois terrifiante et prometteuse, qu’ils alimentent et renforcent grâce aux récits mythologiques contés au coin du feu par ceux qui ont atteint Gibraltar, ou par la description qu’un passeur leur fait de l’Europe, territoire où même les brebis boivent du Coca.

Boris Lojkine demeure très attaché à la valeur testimoniale de son cinéma et rappelle qu’à la naissance du projet était la nécessité qu’il ressentait à montrer cette « migration des bas fonds », telle qu’il la définit lui-même. L’attachement au réalisme passait sans doute aussi par le choix de comédiens non professionnels, dont l’incroyable puissance est à souligner. Au-delà d’un simple choix cinématographique, le recours au romanesque apparaît comme l’ultime possibilité, tant pour le cinéaste que pour ses personnages, de réactiver un espoir sans cesse mis à l’épreuve.

Hope, de Boris Lojkine,avec Justin Wang, Endurance Newton, Dieudonné Berrand Balo’o, France, 1h31.

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