Darker Than Midnight, sombre est la nuit (le jour où la Semaine de la Critique a commencé)

Cette année, notre rédactrice Louise Riousse représentait Cinématraque au sein du jury du Prix Révélation France 4, présidé par la cinéaste Rebecca Zlotowski : compte-rendu et critique des films de la sélection.

Piu buio di mezzanote ouvrait la Semaine de la Critique, sacré baptême du feu pour Sebastiano Riso. Ce jour-là j’enfilai mon costume de jurée pour une semaine qui allait être riche en émotions. C’est donc très consciencieusement que je m’assis pour la première fois dans ce fauteuil qui finit par devenir familier, mais en ce premier jour, j’étais dans mes petits souliers…

A l’occasion de la sélection de son premier long métrage, Piu buio di mezzanotte, parmi les films en compétition à la Semaine de la Critique, Sebastiano Riso a accordé un entretien à Télérama. L’occasion pour lui de citer deux références fondatrices quant à son désir de devenir cinéaste. Il parle d’abord des 400 coups de François Truffaut, puis d’Allemagne année zéro de Roberto Rosselini. « Ce sont deux films fondateurs pour moi » indique-t-il, avant d’ajouter que son héros, Davide, est le résultat d’un croisement entre Antoine Doinel et Christiane F., la prostituée allemande du film d’Uli Edel, Moi, Christiane F. Davide est un adolescent de quatorze ans. Peau diaphane et crinière chatoyante, il erre à la nuit tombée dans les ruelles mal famées de Catane, dans l’espoir d’être adopté par les travestis dont il envie l’apparente liberté. A l’instar du héros de Truffaut, le garçon tente d’échapper à un quotidien familial violent. A l’image de Christiane F. il intègre le monde de la prostitution, tout en s’y refusant, un temps.

Parcours initiatique d’un adolescent incompris, tiraillé entre le désir d’échapper à un père violent et celui de rester auprès d’une mère malade qui perd progressivement la vue, Piu buio di mezzanotte part à la conquête de la marge. A la faveur de ses déambulations, Davide fait la connaissance de Rettore, qui lui fait découvrir son milieu dans un long plan séquence aux airs d’intronisation. La séquence se fait aussi l’écho de l’allégeance de Sebastiano Riso à ses parents cinématographiques, Pasolini et Fellini en tête, au détriment, hélas, de sa propre voix. En effet, les nombreuses références finissent par contaminer le film, compliquant ainsi la tâche du réalisateur pour imposer un point de vue personnel et neuf sur la question qu’il traite. Le sujet choisi, l’affirmation d’une identité à l’adolescence, l’attirance pour la marginalité, étant lui-même assez classique. C’est donc sans surprise que l’on découvre que Davide se construit contre un père pour le moins stéréotypé – on ne nie pas l’existence de pères féroces et intolérants, tant s’en faut – et une mère qui s’érige comme le dernier rempart – quoique très poreux, puisqu’elle perd progressivement la vue – contre les accès de violence de son époux. On regrette donc que Sebastiano Riso n’ait pas détaillé avec plus de finesse la survivance du patriarcat sicilien, seulement caricaturé, tant par la figure du père de Davide que par celle du proxénète, sous l’emprise duquel se retrouve l’adolescent.

Reste que le réalisateur présente son sujet et son personnage avec une sincérité parfois désarmante, comme dans la scène du concert d’une icône queer locale, et atteint des moments d’émotion véritable. L’interprétation du rôle de Davide par Davide Capone y est d’ailleurs pour beaucoup, et achève de nous convaincre de l’honnêteté de la démarche du réalisateur, sans pour autant emporter notre adhésion.

Darker Than Midnight, Sebastiano Riso, avec Davide Capone, Vincenzo Amato, Lucia Sardo Laurier, Italie, 1h34.

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