L’après-Festival de Cannes : j’ai vu Godzilla

Au sortir d’un festival de Cannes fait de films complexes, il convient, pour se remettre dans le bain de la vie quotidienne, de redémarrer sa vie cinématographique lambda par un bon gros blockbuster. Ce que je fis, évidemment.

Il fallait des pop-corns, des monstres et des sièges où l’on peut s’affaler. UGC Les Halles, Godzilla. BIM.

Comme d’habitude c’est blindé, mais pas d’inquiétude, je coupe la file en brandissant mon badge presse jaune. Les gens ne peuvent rien dire, même si certains râlent, et le caissier, interloqué devant tant de classe, appelle la sécurité. Je négocie, paie 7 euros, et rentre finalement dans la salle.

La première impression, alors, est des plus saisissantes : j’ai merdé, il n’y avait pas besoin de mettre de noeud papillon. Quelque peu gêné, je m’assois discrètement sur mon siège, à côté d’un couple d’adolescent que je sens peu concerné par le film. Je cherche du regard les critiques ciné, je n’en vois pas.

Tout ceci est quelque peu déstabilisant.

Les lumières s’éteignent, et le film n’est pas produit en collaboration avec Arte. Décidément c’est une sacrée expérience que celle de changer radicalement de registre.

Il suffit de 3 minutes de film pour que je me rende compte d’à quel point c’est kifant, parfois, d’aller voir des films à la con. Binoche cachetonne, Bryan Cranston aussi, et le mec de Kick Ass a pris environ 72 kilos de muscles.

Le film est d’une nullité assez ahurissante (Godzilla est gentil et ressemble à un nounours, il se bat contre une mante religieuse géante, chacun cassant trois fois plus de buildings qu’il n’y en aura jamais dans aucune ville, même qatarie). Je trouve un jeu super rigolo consistant à convertir le film en d’autres films, celà me donne de jolis tableaux de stats :

EXEMPLE : Le budget de Godzilla (118 000 000 d’euros) permettrait de faire 17 fois Deux Jours Une Nuit (7 000 000 d’euros). Avec le budget de Godzilla, les Dardenne auraient donc pu faire Trente-Quatre Jours Dix Sept Nuits. J’avoue, ç’aurait peut-être été un peu long.

Et à l’inverse, avec le budget des Dardenne, les producteurs de Godzilla auraient pu faire un film de 7 minutes. En gros, le scénar, ç’aurait été : « Une mante religieuse attaque un immeuble, mais Godzilla arrive et lui nique sa race (à la mante religieuse). » T’ajoutes les 5 minutes de générique et on était bons.

Continuant à m’ennuyer pendant que Godzilla se battait avec la mante religieuse, je me suis ensuite évertué à imaginer Godzilla sous la férule d’un auteur cannois. Voici mes trois scénarii préférés.

1- Le Monstre, par Jean-Pierre et Luc Dardenne

2j

Dans sa maison, Godzilla déprime un peu. Il prend des cachets et parle avec un accent belge. Son mal-être est lié au fait qu’il est bien trop grand et tue des gens sans faire exprès. Il se met en tête d’aller frapper à la porte de chaque famille de victime occasionnée par ses soins. Mais il casse les portes en voulant frapper.

2- Gadzillo 3D, par Jean-Luc Godard

God ZI LA, d’abord, où Dieu arpente la zone industrielle de Los Angeles avec son chien. Puis Gad ZI LO où Gad Elmaleh se balade dans la zone industrielle de Lorient.

Un final magnifique où il est question de caca et de Paul Verlaine.

3- Godzilla Sleeps, par Nuri Bilge Ceylan

On ne verra jamais le monstre dont Ugur parle depuis 2 ans. L’homme a 54 ans et va nous raconter la vie dudit monstre face caméra en plan séquence, en omettant volontairement les moments forts de sa vie. Une belle réflexion sur le hors-champ.

Mais voilà que Godzilla vient à bout de la mante. Je sue à grosses gouttes (le costard n’étant définitivement pas une bonne idée). Les lumières se rallument, je me lève et applaudis l’équipe du film que je suppute au deuxième rang. Juliette Binoche paraît avoir 14 ans, c’est qu’elle est sacrément bien conservée. Quant à Godzilla, il était manifestement interprété par un monsieur peu satisfait du film. Standing ovation un peu tout seul mais standing ovation quand même. 15 minutes.

Palme d’Or.

 Godzilla, de Gareth Edwards avec Aaron Taylor-Johnson & Bryan Cranston – En salles

(Dzibz n’étant pas mon vrai prénom)
Red’chef ici, extrêmement sévère avec les autres, mais pas du tout avec moi, hashtag YOLO.

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