Leviathan, un beau coup final pour la sélection

Nos notes

Léviathan, du Russe Andrey Zviaquintsev, tire le portrait d’une Russie désoeuvrée sur le ton le plus inatendu du festival. Dommage qu’il ait été projeté si tard dans la compétition, au moment où  mobiliser tous ses neurones sur 2h21 de conflits amoureux, politiques et territoriaux s’apparente à un exploit.

L’histoire de Kolia, Lilya sa femme et Romka son fils, commence paisiblement dans une jolie maison du bord de la mer. Le tyranique Maire de la ville décide de mettre fin à cet équilibre familial en s’octroyant leur terrain pour la prétendue construction d’un centre de recherche. Un combat commence alors pour la sauvegarde du terrain et l’éclatement politique du maire.

Au large d’un cinéma classique, Leviathan interroge avant tout sur son genre. S’agit il d’un drame ? D’une comédie sociale ? D’un thriller ?

Le film étonne dans sa structure scénaristique : il n’est pas rare de voir se suivre une scène de rivalité politique avec une beuverie en bonne et due forme. Cette diversité narrative peu commune dans le cinéma russe ne repose jamais sur les personnages, mais sur la distanciation avec laquelle ceux ci nous apparaissent. Kolia et son entourage entretiennent un rapport extremement sérieux avec leur réalité : de l’annonce de l’expulsion au déchirement du couple, ils subissent rudement les évenements. Ils sont en ce sens de purs objets fictionnels ; jamais filmés ou remis en cause en tant que tels.

Cette direction d’acteur, très noire, très réaliste contraste avec les décisions formelles du réalisateur. Il semble y avoir le film en tant que réfléxion politique et social – véhiculé par une histoire et des protagonistes complexes –  et le récit formel de cela, explicitant un discours beaucoup plus corrosif sur l’Etat Soviétique.

L’intelligence du réalisateur est d’user du cadre et du montage comme d’une science à dénonciations tant brutes que silencieuses. Ainsi, on met en miroir le politique verreux et l’homme d’église par d’habiles compositions dans le champ, sans qu’un seul mot ne soit prénoncé. Ce défilé de vérités ne cesse de croître, toujours plus savamment orchestrées au sein du dispositif filmique.

Chaque plan témoigne d’un certain génie esthétique, riche d’interprétations, de questionnements et points de vues… La rigueur et la beauté des plans n’ont rien à voir avec un sympathique éblouissement de rétine, ils existent pour et par quelque chose, loin de toute gratuité.

Andrey Zviaquintsev clotûre la compétition avec une oeuvre autant engagée qu’en prise avec son l’art. Cet acide tableau dévoile aux festivaliers un regard neuf, non pas sur les maux de l’histoire du pouvoir en Russie, mais sur la manière d’en parler, d’en rire comme d’en pleurer, de le subir comme de le combattre.

Pourquoi le film aura-t-il la Palme ?

– Pour le culot de son réalisateur

– Pour l’intelligence de son réalisateur

Pourquoi le film n’aura-t-il pas la Palme ?

– Parce qu’il ne traîte pas d’un sujet qui parlera à tout le monde

– Parce que le nom du réal est imprononçable

Leviathan, un film de Andrey Zviaquintsev sortie de 24 septembre 2014 avec Aleksei Serebryakov, Elena Lyadova,  Roman Madianov 

Verdict ?

Je vote Jacques Tati président de la République.

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