Tu dors Nicole : le joli, léger… petit film.

C’est l’histoire de Nicole qui n’arrive pas à dormir. Elle a vingt ans, c’est l’été, il faut chaud, et elle passe le plus clair de son temps avec sa meilleure amie. Elles habitent la grande maison familiale désertée par les parents, avec le grand frère de Nicole et son groupe de rock ultra bruyant.

Nicole a du mal à oublier son petit ami Tommy qui va se marier avec Maude. Elle travaille dans un Emmaüs canadien. Elle planifie un voyage en Islande, dont on sait d’avance qu’il n’aura pas lieu, vu le peu de moyens du film. Le voyage tombe à l’eau, Nicole s’engueule avec son amie, perd son boulot, flirte un peu avec le batteur du groupe, s’ennuie, ne se sent pas très bien.

Du point de vue de l’histoire, c’est à peu près tout. Tu dors Nicole est le genre de film qu’on pourrait classer dans la catégorie : « petit film post nouvelle vague en noir et blanc sur l’intériorité d’un personnage qui se cherche » avec Frances Ha, Oh Boy et les autres. Les plans sont jolis, la lumière est jolie, la musique est jolie, Nicole est jolie et attachante. Le film distille ses petites notes de symbolisme pour transmettre les sentiments de son personnage principal. L’esthétique du contraste manifeste les communications entre l’intériorité de Nicole et son environnement extérieur. Ainsi, le noir et blanc refroidit la chaleur estivale, sensible à travers la torpeur des personnages devant les ventilateurs agités. Le brouhaha du groupe de rock ultra qui occupe tout l’espace de la maison, dessine en creux l’incapacité de Nicole à exprimer son mal-être dans une saison où rien ne va vraiment comme elle voudrait, et où certaines pensées récurrentes l’empêchent de trouver le sommeil. Au lecteur le soin de déterminer la signification des geysers islandais qui finissent par exploser quand il y a trop de pression sous terre…

Le film, bien rythmé, se déroule toutefois sans temps mort et se regarde avec plaisir. Ce qui le sauve du mauvais film, c’est sa dimension comique réussie, et certaines figures étonnantes. Parmi eux, Martin, personnage secondaire, mais sûrement l’un des plus beaux de tout le Festival de Cannes. Martin est un enfant de dix ans au charme angélique : de fins cheveux blonds encadrent ses deux grands yeux de poupée très expressifs. Il est maigre, il a un petit menton retroussé. Seulement, Martin a mué de manière très précoce, et sa voix grave contraste (on y revient toujours) avec son petit corps fragile. Il est éperdument amoureux de Nicole, sa baby-sitter, et lui déclame des propos très sérieux sur l’engagement amoureux, le temps qui passe, la vie qui n’est pas si facile. Ce personnage est infiniment drôle et touchant, et la seule mention de son apparition future, dès le hors champs, suffit à faire pouffer.

En dehors de Martin, vraie belle idée comique du film, Tu dors Nicole ne fait preuve d’aucune réelle originalité dans la manière de raconter une histoire de l’intime, celle de la difficulté à s’affirmer pour avancer dans l’existence. En dehors du rire, l’émotion n’est pas particulièrement au rendez-vous, et Le long-métrage du québécois Stéphane Lafleur demeure, malheureusement, dans la catégorie des jolis petits films.

Tu Dors Nicole, de Stéphane Lafleur avec Julianne Côté & Marc-André Grondin – Sortie prochainement

Lynch, Kiarostami, Bergman, Cassavetes, Pasolini, Rohmer, Antonioni, Kechiche, Tati, Almodovar, Keaton, Haneke = coeur coeur coeur.

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