Still The Water, la revanche de Naomi Kawase

Nos notes

S’il y a 3ans, Noami Kawase accusait le coup d’un accueil mitigé au festival de Cannes avec Hanezu, l’esprit des montagnes, la cinéaste reçoit cette année l’ovation des festivaliers.

Toujours dans une veine très sensorielle, Still the Water met en parallèle deux filiations contrastées entre une mére et son enfant, dans le premier cas une fille Kyoko et dans le second un garçon Kaito. Les tourments internes des deux relations nous seront contés au travers même de la relation amoureuse entretenue avec ces deux derniers, continuellement sur la brèche.

L’ouverture du film – des mouvements de va-et-vient de vagues dans le cadre – annonce les différents remous d’une action sur le fil. Le scénario, simpliste voir un peu minaud, intéresse dans l’aboutissement de sa mise en scène. Still The Water est en cela un pur film de cinéma : l’entièreté de son discours n’est possible qu’au cœur du langage filmique.

L’insistance visuelle créée avec l’environnement naturel des personnages entraîne une sorte de prologue à chaque péripétie notoire. L’état mental des personnages semble en connexion avec le paysage, les éléments influençant les réactions, les doutes ou les acceptations. L’état d’harmonie entre soi et la nature – et donc en soi-même – n’étant ici atteint que par le personnage de la mère de Kyoko. Naomi Kawase déploie à chacune de ses interventions des instants à l’émotion crue car débarrassé de tout artifice. Filmant l’invisible et indicible fusion de ce personnage avec sa condition de mortel, Kawase atteste d’une haute sensibilité technique dans le passage d’un plan à l’autre, les raccords délivrant l’intensité des non-dits comme des évidences.

La difficile démarche de la cinéaste vers l’épuration des peurs, de la tristesse ou de la douleur tend à la captation de l’instant present. Vivre en soi, ici et maintenant, comme une libération physique et mental. Ce but, synonyme de l’état de grâce, filmé pour la fermeture de Still The Water, malgré son apparence lyrique et brute, touche pourtant au plus profond de l’homme, apprendre à se sentir vivant.

Still the Water, de Naomi Kawase avec Nijirô Murakami et Jun Yoshinaga – Sortie le 17 septembre 2014

Verdict ?

Je vote Jacques Tati président de la République.

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