Court-métrages de la Semaine : un seul contre tous

Grosse déception devant la première des trois projections consacrées à l’ensemble des court-métrages sélectionnés à la Semaine de la Critique. A une exception près.

1. Safari de Gerardo Herrero

Pastiche inconsistant de Elephant de Gus Van Sant, en moins sobre, moins subtil, moins puissant. Pour une simple histoire de rivalité ou d’humiliation amoureuse, un adolescent perd la boule et massacre la moitié du lycée avec une mitraillette. L’action se déroule aux Etats-Unis, bien que la production soit espagnole. Mêmes travellings suivant une future victime de dos, même tension avant le coup de feu, mais ici Gerardo Herrero insiste bien sur les balles qui transpercent les corps avec violence, le sang qui gicle, les centaines de cadavres qui gisent dans l’enceinte de l’établissement. Une violence absolument dénuée d’intérêt.

2. Boa Noite Cinderela de Carlos Conceição

Conte social pathétique inspiré de celui de Cendrillon. Le film raconte la manière dont le prince s’entête à retrouver la belle qui a laissé son soulier, un stiletto de douze cm de haut, couvert de strass, complètement hideux et vulgaire. Ce serait rigolo, si le film ne se prenait pas autant au sérieux. Le prince se masturbe dans la chaussure, nu devant sa glace, tandis que son majordome complote avec la bonne du palais, qui n’est autre que la Cendrillon qui espère se sortir de sa condition en se pointant avec la deuxième chaussure. Aussi aberrant que ridicule.

3. Une chambre bleue de Tomasz Siwiński         

Un beau court-métrage d’animation franco-polonais sur un homme enfermé dans une mystérieuse boîte aux murs bleus, qui assiste à différentes scènes à travers une fenêtre qu’il ne parvient pas à ouvrir. Quelques personnages, à l’extérieur, lui demandent d’ouvrir les yeux. Il s’appelle Adam. Il voit une femme qu’il voudrait attraper, des enfants qui jouent au ballon, la mer qui s’agite. C’est très beau mais on ne comprend rien, et le film se termine sur une étrange vision de planètes sur fond blanc. Un peu abscons quand même.

4. Petit frère de Rémi St-Michel

Antoine, adolescent à problème de 14 ans, passe une journée à Montréal avec son tuteur Julien, avant que celui-ci ne parte en Russie. Antoine fait des conneries, ils chantent, ils dansent au beau milieu de la rue. C’est du noir et blanc, c’est un peu drôle, un peu touchant, un peu post nouvelle vague. Un peu déjà vu.

5. La contre-allée de Cécile Ducrocq

Où à la fin on se dit qu’on n’est pas venu pour rien. Le film raconte le quotidien de Suzanne, prostituée d’une quarantaine d’année qui doit faire face à la concurrence des Africaines fraichement débarquées en périphérie, qui menacent sa clientèle en proposant des passes à seulement quinze euros. Le ton est extrêmement juste, l’actrice très émouvante, la réalité très difficile. Non seulement Suzanne perd ses clients et se demande si elle va devoir jouer l’actrice porno pour s’en sortir, mais en plus, la bande de voyous qui lui proposent d’éloigner les Africaines pour la soulager finissent par abuser d’elle. Les dialogues sont bien écrits, les personnages solides, le sujet montré pour ce qu’il est, sans l’humour un peu pudibond ou les clichés de la pute sympa qui menacent dès lors qu’on aborde la prostitution de manière réaliste. Un personnage avec lequel on rentre immédiatement en empathie et avec lequel on se sent proche. Une belle réussite.

Lynch, Kiarostami, Bergman, Cassavetes, Pasolini, Rohmer, Antonioni, Kechiche, Tati, Almodovar, Keaton, Haneke = coeur coeur coeur.

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