The Disappearance of Eleanor Rigby : All the lonely people…

Après Party Girl, voici un autre premier film à Un Certain Regard : The Disappearance of Eleanor Rigby. En réalité, il s’agit d’un triptyque (Him, Her and Them) racontant la même histoire sous différentes perspectives. Seul la partie Them est présentée à Cannes. Le réalisateur Ned Benson a su s’entourer d’un casting de haute classe pour nous proposer une œuvre douce-amère sur le deuil de deux parents. Arrive-t-il à trouver le ton juste pour aborder une situation affreuse ?

Le film commence comme une comédie romantique usuelle avec un contraste entre le bonheur d’un couple et la douleur de leur séparation. Mais très vite on comprend que quelque chose de plus lourd et de plus grave est en jeu. Le traitement parfois léger de l’histoire permet de rendre les moments d’émotion beaucoup plus forts. Mais ce qui sert avant tout le film ce sont les acteurs tous très talentueux. L’alchimie entre une magnifique Jessica Chastain et un McAvoy malicieux fonctionne parfaitement. Isabelle Huppert et William Hunt sont à leur habitude très bons dans leur rôle sans voler la vedette aux acteurs principaux. Enfin Viola Davis apporte la touche d’humour qu’il faut au film dans le rôle du professeur blasé dans de courtes scènes très amusantes. Grâce à ces acteurs, les personnages sont émouvants et l’on entre en sympathie et compassion avec eux. Une intrigue émouvante, des acteurs géniaux et une dose d’humour, tout est réuni pour un très bon film me direz-vous, exaltés !

Malheureusement, je suis obligé d’être un peu rabat-joie. Le film, malgré tous ses côtés sympathiques n’est pas si réussi que ça. En essayant d’avoir un style très proche des productions indie qui essayent d’avoir un regard neuf mi-amusé mi-sérieux sur une génération, le film ressasse pas mal de clichés sur le couple – rappelons au passage que ce film est distribué par Weinstein qui a aussi eu son mot à dire sur le montage comme d’habitude, ce n’est donc pas un petit film sorti de nulle part. Beaucoup de scènes de disputes/réconciliations/silences pesants/désire refoulé ont déjà été vues trop de fois pour fonctionner à nouveau. Et même si le film tente de s’en sortir grâce à une réplique de Eleanor dans une voiture sous la pluie : « Tu n’as pas l’impression qu’on est dans un affreux cliché » (de mémoire), on a envie de lui répondre. « Oui, oui, et c’est assez pénible »

C’est vraiment dommage, car le film avait vraiment du potentiel. Les scènes un peu plus centrées sur le deuil à réaliser, sur ce bébé qui n’a pas eu le temps d’exister, qu’il ne faut pas oublier mais qu’il faut laisser derrière soi, sont très justes et intéressantes. Ces deux êtres avaient construit un triangle avec leur enfant et ne peuvent plus vivre normalement après cela, d’autant plus qu’ils gèrent leur deuil très différemment. C’est un nouveau sentiment de solitude profonde auquel ils sont confrontés et rien ne peut préparer à cela. C’est donc un thème très fort mais cela rend aussi les angoisses amoureuses du petit couple beaucoup moins passionnantes d’autant que les scènes donnent vite l’impression de se répéter.

Une semi-déception donc. Avec un sujet très fort, des acteurs talentueux, de l’humour et une tonalité assez juste The Disappearance of Eleanor Rigby est au final très inégal et enfile nombre de clichés qui plombent le film. Dommage.

The Disappearance of Eleanor Rigby, de Ned Benson avec James McAvoy & Jessica Chastain – Sortie prochainement

Ouvert à la discussion et tolérant, je ne pense pas détenir la vérité sur les films que je critique. Il se trouve seulement que j’ai meilleur goût que vous. Quand je ne regarde pas des films, je lis des comics parce que rêve d’être Peter Parker. Vous pouvez me retrouver sur coup-critique.fr

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