The Homesman, à trop vouloir bien faire…

Tommy Lee Jones aime les westerns. C’est certainement la leçon la plus évidente qui saute aux yeux lors du visionnage de The Homesman. Le comparse de Will Smith dans Men in Black renoue, neuf ans après Trois Enterrements, avec ce genre aux codes si universellement connus qu’ils en deviennent casse-gueules.

En effet, lorsqu’on va voir un western, on veut de grandes leçons d’humanisme, des chevaux au galop, des flingues braqués et des grandes plaines vides. Tommy Lee Jones aimant les westerns, il comblera le plus puriste des admirateurs du genre, au risque de frustrer celui qui espérait un tantinet d’audace.

Mary Bee Cudy est une fermière qui n’arrive pas à se marier. Empêtrée dans un quotidien plan-plan, elle se porte volontaire pour mener un convoi un peu particulier vers l’est : trois femmes souffrant de graves maladies mentales doivent s’y faire soigner, leurs maris ne parvenant plus à le supporter.

Ambitieux est le scénario de vouloir croiser et multiplier les rencontres. Le voyage de Cudy et des trois femmes auraient d’ailleurs largement suffit à tenir le film, tant il y a entre elles ce lien immense, d’une tendresse naturelle, jamais autrement justifié que par un humanisme inné. Si l’on salue le film pour la réussite de ses intentions, manque terriblement « l’ingrédient secret » qui donnerait une toute dimension à la recette.

Si le personnage interprêté par Tommy Lee Jones tente assez souvent de dépoussiérer son film (changement de ton et auto dérision), il s’empêtre par contre sur la question du genre western. Il est très rare, voire inédit d’assister à la métamorphose éthique d’un héros de l’ouest. L’homme de l’ouest, qu’il soit bon ou mauvais reste tel qu’il est, et cela fait partie intégrante de la jouissance-western : identifier tout de suite et pour de bon là où on a mis les pieds (on n’imagine très mal un Charles Bronson qui, au beau milieu d’Il était une fois dans l’ouest, se rendrait compte que la vengeance c’est mal, et qu’on peut régler les choses en faisant des bisous aux ennemis). Ainsi, cette idée quasi-blasphématoire mais en soit assez brillante dans l’optique d’un bouleversement des codes, ce devrait être ça, l’ingrédient secret, la nouvelle donne.

Sauf que notre acteur/réalisateur ne semble pas vraiment en avoir conscience, et par défaut capitalise sur l’ambiguïté de ces principes, reléguant la bonne idée au rang de simple petite blague anecdotique, d’un jeu récurrent. On rate ainsi la superbe et singulière incarnation du mythe de l’ouest attendue, la faute à un manque de rigueur sur son propre personnage et à l’aveuglement systématique sur ce potentiel fictionnel du cow-boy déchu.

Tommy Lee Jones, prends-toi au sérieux la prochaine fois, il ne s’agira plus d’être bon, mais de devenir culte !

The-Homesman-cinematraque

Pourquoi ce film aura-t-il la Palme ?

– Parce que filer la Palme à un film de genre, ça a de la gueule

– Parce que TOUT LE MONDE adore Tommy Lee Jones

Pourquoi ce film n’aura-t-il pas la Palme ?

– Parce que ça fait quand même vieillot

– Parce qu’on voit mal Jane Campion et Carole Bouquet kifer les westerns

The Homesman, de Tommy Lee Jones, avec Tommy Lee Jones et Hilary Swank – Sortie le 18 mai 2014

On pourra être en accord le jour où Béla Tarr fera tourner Bruce Willis dans un film où il tuerait GENTIMENT des terroristes hongrois. En noir et blanc. Mais en marcel. Avec de la musique folklorique hongroise. Et des bonnes meufs.

1 Comment

  • Répondre mai 19, 2014

    bettyelms

    La critique est basée sur une erreur, ce n’est pas un western, et Tommy Lee Jones s’en défend lui-même. Donc les codes, les règles, évidemment il s’en affranchit et s’en contre-balance… ce n’est pas ça le sujet. Le reste est dans ma critique sur Filmosaure ,)

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