Faire l’amour : Djinn Carrénard taille XXL

Parcourir la Croisette au petit matin est une expérience à laquelle devrait s’adonner toute personne de passage sur le Festival. Juste avant 7 heures, alors que les premiers cafés salvateurs des séances matinales ne sont même pas encore ouverts, arpenter les abords du Palais du Festival nous donne l’impression d’évoluer dans une ville morte. Et d’être seul à seul avec le mythe, libre de passer devant le tapis rouge et les palaces en pouvant lever les yeux. Bénéficier d’un tel calme, d’une telle intimité est aussi déstabilisant que vivifiant, surtout quand on découvre pour la première fois le tumulte du microcosme cannois. Se retrouver en tête des files d’attente, pouvoir choisir librement sa place dans la salle de l’Espace Miramar dédié à la Semaine de la Quinzaine… Rien de tel pour se mettre dans les meilleures conditions avant d’aller voir un film de 2h45 à 8h30 du matin.

Le beau bébé en question s’appelle Faire l’amour, et fait l’événement en ouverture de la Semaine de la Quinzaine. Le landernau de la critique cherchait à savoir si pour sa deuxième réalisation, Djinn Carrénard (sa productrice Salomé Blechmans est co-créditée au générique) allait réussir à nous refaire le coup de Donoma. Ce “petit” film tourné pour à peine 1500 euros de budget et révélé à l’ACID il y a deux ans avait retourné la cinéphilie française. En dépit de ses maladresses, l’énergie du “cinéma guérilla” de Carrénard avait auguré de belles promesses qu’espérait confirmer le plus ambitieux Faire l’amour. Titre équivoque d’ailleurs que ce FLA, qui ausculte aussi bien les coeurs que les corps, le transcendant que l’incarné.

Laure rencontre Oussmane, Oussmane rencontre Laure. Pas de bol pour eux, le coup d’un soir devient plus que ça. Laure tombe enceinte et veut avorter, ce qu’Oussmane refuse. Peu de temps après, le jeune aspirant rappeur devient subitement sourd dans des circonstances incompréhensibles. Pendant ce temps, Kahina, la soeur de Laure, sort de prison pour une permission au cours de laquelle elle espère revoir son fils, placé dans une famille d’accueil. Ces trois personnages vont former les trois pointes du triangle qui compose le socle de FLA, que l’on ne quittera pas des quasi trois heures que durent le film. Carrénard abandonne la forme du film choral qui n’en est pas vraiment un pour une linéarité narrative sans que le rythme n’en souffre. Les dialogues, toujours aussi affûtés, fusent à la vitesse de l’éclair avec une énergie follement réjouissante. La capacité de Djinn Carrénard à légitimer la simplicité de ses films par leur acuité réaliste est toujours aussi vivace et s’impose comme la qualité première de son cinéma. Mais faute de l’avoir laissé traîner un peu trop de longueur, son film finit par se marcher dessus.

S’il est bien quelque chose qu’on ne peut pas qu’accorder au cinéaste, c’est qu’en tous points la forme du film est en accord avec le fond. A l’image, Faire l’amour ramène d’emblée le spectateur en position de voyeur. Il est cet oeil scrutateur qui virevolte, s’attarde sur un geste de la main, un regard détourné, un contrechamp. Il enferme les personnages dans un cadre au sens propre, par un détourage qui rappelle autant la pellicule filmique que l’écran de la salle. Là est la force de la mise en scène de Carrénard, qui construit toujours ses effets de manière à rappeler l’intimité de ce qui se joue entre les trois jeunes gens. Les arrière-plans s’effacent souvent, flous, surexposés, rognés. Il n’empêche néanmoins que cette maîtrise formelle finit à son tour par se retourner contre le film. La segmentation scénaristique permettait à Donoma de varier les influences, de Bresson à Kechiche en passant par la Nouvelle Vague. A force de répéter la même recette, FLA flirte avec le formalisme théorique.

Si l’essai n’est qu’à moitié transformé, Faire l’amour confirme l’émergence de Djinn Carrénard comme un metteur en scène capable d’imprimer sa patte dans la production française. Mais ce petit péché de gourmandise nous confirme que ce talent perfectible gagnerait à être parfois plus concis. FLA est tout sauf raté ; juste un film qui trop embrasse, et mal étreint.

FLA, un film de Djinn Carrénard, avec Azu & Laurette Lalande – Sortie le 3 septembre 2014

Hubert Bonisseur de la Bath de la critique française, ma plume a la finesse d’un klug aux marrons de Monsieur Preskovic. J’aime Bill Murray plus que de raison. Par contre, j’aime pas trop les voleurs et les fils de pute. Je suis là parce que je connais l’ouvreuse. J’officie aussi sur le site de Première parce que ça sonne bien sur un CV.

3 Comments

  • Répondre février 18, 2016

    William phillipe HONGA

    Vous pouvez pas être sérieux… Et ce n’est pas rendre service à DJINN CARRENARD de lui dresser un article comme ca. J’ai beaucoup aimé DONOMA, mais je suis désolé pour vous, F.L.A est nul, épuisant, sans fond. Celui qui a aimé ce film n’aime pas le cinéma. Aux États Unis, ils ont RYAN COOGLER (CREED, FRUITVALE STATION) et ben nous on a DJINN CARRENARD qui ne confirme pas. Nous faire payer 15 euros pour voir ca, c’est simplement honteux, qu’il se ressaisisse ou qu’il arrête le cinéma. À dire que tout à couté 1 million. On parle d’un film subventionné là. Quand même.

  • Répondre décembre 6, 2014

    anne

    belle femme

  • Répondre juillet 11, 2014

    coulibaly

    j insiste pour en revoir

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