De Graaaaace

Le film d’ouverture du 67ème Festival de Cannes, Grace de Monaco, réalisé par Olivier Dahan n’aura pas fait l’unanimité, tant s’en faut. Exit les querelles entre pro et contre puisque le film ne suscite, globalement, que très peu d’enthousiasme.

La question est donc celle de savoir pourquoi et comment une telle production peut lancer le coup d’envoi cannois. Le Festival de Cannes est, rappelons-le, le plus important au monde et promeut différents cinémas, mêle les films dits populaires et expérimentaux, grosses productions et films d’auteurs. Mais dans le cas de Grace de Monaco, quelle vision du cinéma est ici défendue ?

Il ne s’agit pas d’un film, mais bien plutôt de l’imitation d’un film. Rien d’étonnant donc à ce qu’Olivier Dahan soit si friand des biopics, – il s’était déjà illustré avec La Môme -, expression non dissimulée d’un désir absolu de mimétisme. Le carton d’introduction se voulait pourtant rassurant, nous indiquant que Grace de Monaco serait une pure œuvre de fiction inspirée de faits réels, ouf. Ca évitera surtout les déconvenues avec les héritiers du Rocher… L’œuvre de fiction est en fait l’essence même de la vie de cette femme, condamnée à jouer un rôle, mais à ne plus jamais faire de cinéma, tiraillée par le fait de ne plus jamais pouvoir se départir de sa fonction. Le sujet n’est, sans surprise, jamais abordé de la sorte.

Oeuvre de fiction aussi parce qu’on ne saurait croire que le Général De Gaulle daignât adoucir les relations franco-monégasques plus que houleuses de 1961 à 1963 (les deux années sur lesquelles s’étend le récit) parce qu’il aurait succombé au charme d’un discours niaiseux prononcé par une princesse en détresse… Mais dans un souci permanent de « véracité » semble-t-il, n’oublions pas qu’il s’agit d’un biopic tout de même. Une autre explication à ces avanies : la princesse Grace aurait ouvertement fait part de son point de vue sur la politique internationale en bonne Américaine décomplexée (en tous les cas, c’est l’explication qui nous est fournie) et aurait mis le feu aux poudres. Les petites historiettes de princesse en détresse et la grande Histoire reconstituée à grand renfort de fausses images d’archives et de chefs politiques engoncés dans leur déguisement s’entremêlent les unes aux autres, et même s’influencent.

C’est alors que le propos du film se fait spécieux, d’une part parce que la question de la diplomatie et de ses mécanismes s’avère même totalement niée. Il est évident que les relations entre les hommes et les femmes ont une incidence sur certaines décisions politiques et diplomatiques, mais comment les caricaturer à ce point ? D’autre part, il n’est pas question de s’intéresser au point de vue du personnage de Grace de Monaco mais de s’assurer qu’il sera la cause de tous les événements relatés, c’est sans doute pour cette raison que le film est si navrant, incapable de la moindre ampleur et de la moindre distance (en témoignent même les nombreux plans ultra serrés sur le visage de Nicole Kidman).

Ainsi, le ridicule le dispute à l’embarras, et Monsieur Dahan qui voulait nous offrir un drame, nous fait rire de bon coeur. Mais si cela peut le rassurer, ce n’est pas parce que son film est drôle, c’est parce qu’il est consternant.

Grace de Monaco, d’Olivier Dahan, en salles

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