Avec Timbuktu, Abderrahmane Sissako émeut la Croisette

Nos notes

Film Africain de la Sélection Officielle, Timbuktu s’annonce pour le moment comme la chair surprenante de la Croisette. C’est dans le désert Malien que le réalisateur Abderrahmane Sissako donne vie à des multiples visages tour à tour amenés à se rencontrer, à se confronter, à se perdre.

Timbuktu à des allures de film choral dans sa façon de faire cohabiter ses séquences, de fractionner l’action dans une logique singulière. Le traitement des  « événements » du film est davantage réfléchi au sein du montage que du scénario. L’effet produit est un émerveillement permanent pour le spectateur, happé par ce méli-mélo de destins et d’enjeux. Mais ici, nulle prétention de message humaniste ou de chef d’oeuvre par essence, il s’agit plutôt d’un tableau aux milles couleurs où chaque touche trouve son sens par rapport à l’autre. Ce processus d’hétérogénéité du montage nous pousse à percevoir nettement l’unique point commun de cette galerie de personnages : la peur de l’extrémisme religieux.

Sujet extrêmement fort en plus d’être brûlant, Sissako filme avec une parfaite simplicité la monstruosité de l’application de la Charia tout en s’affranchissant d’un quelconque apitoiement ou d’un lyrisme déplacé. Il réussit l’association complexe de la démonstration d’un réel impitoyable mais également absurde, voire carrément drôle. L’harmonie et le naturel avec lequel nous passons du dégoût à la poésie, de la gravité du monde à ses récréations  devrait largement faire jalouser un cinéma occidental souvent emprisonné dans genre et ses codes. La liberté et la justesse avec lesquelles Sissako explore le monde et ses problématiques témoignent d’une sagesse souvent rare au cinéma.

L’obstination qu’a le réalisateur dans Timbuktu de séparer pour mieux rassembler témoigne de la sagesse de son regard. Le film réussit en cela la captation d’une dignité pure, qui explore et fait réfléchir comme rarement sur les combats et la philosophie des Hommes.

Pourquoi ce film aura-t-il la Palme ?

– Parce que c’est un vrai beau film rempli d’une sincérité rare

– Parce que l’Afrique n’a jamais reçu de Palme d’Or

Pourquoi ce film n’aura-t-il pas la Palme ?

– Parce que ça manque de références à Godard

– Parce que l’Afrique n’a jamais reçu de Palme d’Or

Timbuktu, d’Aberrahmane Sissako, avec Ibrahim Ahmed dit Pino et Toulou Kiki – Sortie bientôt

Verdict ?

Je vote Jacques Tati président de la République.

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