Real, un jeu de piste mental

Nos notes

Atsumi, dessinatrice de mangas, est dans le coma depuis sa tentative de suicide. Koichi, son compagnon, n’arrive pas à expliquer le geste de celle avec qu’il aimait profondément. Afin de tenter de la ramener dans le réel, il accepte de jouer les cobayes pour un nouveau programme scientifique qui lui permettra de pénétrer dans l’inconscient d’Atsumi.

Chez Kiyoshi Kurosawa, le fantastique s’immisce progressivement dans le cadre réaliste et lui inocule une étrangeté qui se fond dans le décor, sans que les protagonistes ne s’en étonnent. Chaque signe surréaliste ou manifestation paranormale semble apparaître comme des évidences. Real, malgré son titre, ne déroge pas à la règle. Le personnage principal cherche à ramener son amoureuse comateuse dans le monde réel en se glissant dans son esprit pour la convaincre de reprendre conscience, mais jamais il ne questionne les implications technico-scientifiques d’un tel concept : sa seule crainte est d’être éconduit par sa moitié. Lorsqu’il revient dans ledit monde réel, les effets secondaires (visions fantomatiques, apparitions…) ne tardent pas à perturber la perception de ce qui l’entoure.

Culpabilité

Les frontières entre les univers conscients et inconscients, l’action en cours et le passé refoulé, se brouillent. Le réel se perd dans un enchevêtrement de niveaux de conscience. Pour retrouver leur chemin, les protagonistes entament un jeu de piste à travers l’esprit endormi, les souvenirs ou les cauchemars des héros. La proposition de mélo amoureux du départ se mue en une enquête nécessitant d’assembler des signes (un dessin d’enfant introuvable, clé de cet univers mental verrouillé ; l’eau qui inonde l’appartement, l’apparition fantomatique d’un gamin mutique…) pour reconstituer l’énigme. Peu à peu, s’esquisse un drame sur la culpabilité, monstre enfoui – au propre comme au figuré – et geôlier de notre inconscient. L’épilogue prend un virage à 180°, lorgnant sur le film de monstre métaphorique. Le fantastique s’impose alors comme le meilleur moyen d’accéder à la vérité de chaque être : loin de la réalité, ce mirage.

Real, de Kiyoshi Kurosawa, avec Takeru Sato, Haruka Ayase, Japon, 2h07.

Verdict ?

Je suis cinéphage, avec un appétit particulier pour les films de genre. Je fais rarement la fine bouche, je ne dis pas « je n’aime pas » tant que je n’ai pas goûté, et je peux même me régaler de films que beaucoup trouveront indigestes. Mon péché mignon : le cinéma horrifique italien. Mes recettes préférées : celles du chef Dario Argento. Et quand je ne m’attable pas devant un film, je suis journaliste.

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