Son épouse, dire la douleur entre immanence et transcendance

Joli petit film que celui de Michel Spinosa, qui se veut à la fois intime et universel sur la souffrance psychique et les différents modes de son expression en fonction des cultures.  

Joseph est un vétérinaire bourru et silencieux, très attaché à sa compagne de qui il veut désormais un enfant. Catherine lui révèle alors son passé de toxicomane avancée, ainsi que les résidus de son addiction à l’héroïne : quelques microgrammes de Subutex chaque jour… Les méandres et les souffrances de la relation de Joseph et de son épouse se déplacent d’un bout à l’autre de la terre. Le récit que nous fait Michel Spinosa de ce couple où la parole semble absente, se partage entre l’Inde et ses traditions mystiques et une bourgade pleine de solitude du fin fond de la France. Le scénario fait dialoguer deux cultures qui s’opposent pour dire l’essence de la douleur dans une langue sans mots qui dépasserait celle des codes et des croyances.

« Me soigneras-tu quand je serai malade comme un chien? » demande Catherine à son vétérinaire de mari… Le relationnel que Joseph entretient avec les humains est quelque peu déficient, et pour répondre du handicap majeur de son épouse condamnée à la dépendance aux drogues, la route sera longue. Les flash-back mettent peu à peu à découvert la situation tragique de Catherine à laquelle Gracie son amie indienne s’est identifiée dans la souffrance. On découvre progressivement et avec surprise les ressorts d’un drame inavoué.

Traumatisme ou punition? Transfert ou possession maléfique? Psychose ou démons? Psychanalyse comme lieu de parole, ou Temple comme lieu de prière ? Si les mots pour comprendre l’aliénation psychique diffèrent, si les gestes qui permettent de la supporter varient ; quelque soit l’endroit de la terre, l’enfermement de l’âme garde son mystère et reste en partie irrationnel.

En faisant la part belle à l’incompréhensible rétif à notre prétention de maîtrise, le film de Michel Spinosa nous plonge dans les nœuds et les zones d’ombre qui subsistent en chacun. Charlotte Gainsbourg est vertigineuse dans sa façon d’incarner la souffrance existentielle sur chaque parcelle de sa peau. Les vibrations propres à son jeu relèvent les quelques moments pas forcément heureux du scénario et de la mise en scène. Même s’il n’est pas toujours réaliste ou subtile, l’ensemble reste pertinent et profondément touchant.

Son épouse, Michel Spinosa, avec Yvan Attal, Janagi, Charlotte Gainsbourg, France, 1h47.

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