Un été à Osage County, malheur à celui qui décidera de mourir en premier

C’est généralement à l’occasion des mariages et des enterrements que se révèlent les véritables ressorts de la constellation familiale qui structure l’individu. Profitant du choc, mais aussi des retrouvailles de tous ceux qui se rassemblent autour d’un événement générateur d’émotions, chacun cherche à percer le sens des non-dits ou à révéler les secrets qu’il connait. Il y a alors comme une surenchère dans le dévoilement, dans l’intention plus ou moins consciente de faire exploser ces bombes à retardement qui ont été préparées à l’unisson dans le silence ou les mensonges.

De façon récurrente, c’est la présence inopinée de certains membres longtemps restés absents, qui déclenche l’envie de faire resurgir ce qui a été enfoui avec l’approbation tacite des habitués. Le deuil avéré par la perte d’un membre de la famille, devient l’occasion de faire son propre deuil, mais le mariage de la petite sœur peut également être le moment idéal pour une « opération boycott »  ayant pour but de faire payer ceux qui sont désignés comme responsables de tous les malheurs de la tribu.

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Le scénario est d’un classique absolu – au cinéma comme dans la vie – et les trois sœurs Weston qui se rejoignent  à Osage County pour l’enterrement de leur père ne dérogent pas à la coutume. Les retrouvailles de la progéniture endeuillée deviennent l’occasion d’un transfert massif d’affects, qui convergent comme naturellement vers un narcissisme exacerbé, à partir duquel chacune règle ses comptes. Les dialogues, adaptés de la pièce de Tracy Letts, sont ciselés, et fusent comme des missiles dont le sifflement résonne longtemps après que la déflagration a eu lieu. Et pourtant, l’ensemble manque d’authenticité et, au final, d’intérêt, car les rebondissements s’enchaînent sur un mode où l’exagération couvre le bruit des rares émotions. Comme si John Wells avait été obligé d’en faire trop, pour donner un peu de crédibilité à son récit, et nous forcer à dépasser la forte impression de déjà-vu qui nous gagne rapidement.

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Le résultat est très inégal, mais quelques moments forts et bien sentis justifient peut-être d’avoir mobilisé un casting aussi aguicheur. L’affiche, sur laquelle les acteurs figurent en brochette comme sur le Mont Rushmore, en dit long sur l’aspect vendeur mal dissimulé du film. Ne fait pas Festen (de Thomas Vinterberg) ni encore moins Shiva (de Shlomi et Ronit Elkabetz) qui veut. Ces morts, qui ne sont jamais autant vivants que le jour de leur enterrement, ces douleurs que toute la terre du monde serait insuffisante à ensevelir, n’auront servi qu’à ramener Meryl Streep et Julia Roberts à l’écran.  Même les contrées désertes du fin fond de l’Oklahoma restent impuissantes à produire la touche de vérité et de tragique manquant au film.

Le deuil que chacun doit faire de ce qu’il reste de sa famille au moment de la disparition d’un être cher, la méchanceté déclenchée par les souffrances refoulées, et le cynisme propre à tous les règlements de comptes familiaux, restent vides de propos quand elles sont exploitées dans le but trop réduit d’en faire du spectacle.  

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