Hero Corp, saison 3 : Le Retour du Pinage

« Hero Corp est la seule série française sauvée par son public ! »

C’est ce que Simon Astier, créateur de la série et interprète de son personnage principal, déclarait il y a quelque temps en interview. Alors si vous êtes fan de la série, prenez un instant pour vous féliciter. Donnez-vous votre propre standing ovation si vous avez signé toutes les pétitions qui ont circulé sur le net et si vous avez aussi participé à la campagne « Pinage » qui a eu lieu dans tous les royaumes de France et de Navarre.

 Hero Corp, c’est quoi ?

Petit flashback : en 2005, au cours de leur spectacle Entre Deux, Simon Astier et Alban Lenoir (Klaus, alias Force Mustang, dans la série) jouent un sketch mettant en scène des super-héros aux pouvoirs bien pourris. Nous découvrirons trois ans plus tard que ce concept est un vivier quasi inépuisable pour quiconque souhaite se marrer un bon coup.

En 2008, la chaîne Comédie! diffuse la première saison de Hero Corp. On y découvre en même temps que John, le personnage de Simon Astier, un village paumé de Lozère où habitent tous les super-héros mis au placard ou à la retraite forcée par l’agence Hero Corp. Problème : The Lord, le plus grand super-vilain de toute l’histoire, semble être de retour et il se trouve que John pourrait bien être le seul capable de le contrer.

La seconde saison débarque sur la même chaîne en 2010. Suite aux événements de la première, les super-héros doivent faire face à un ennemi encore plus méchant que The Lord (balèze !) et bien décidé à détruire tout ce qui a trait à Hero Corp. Cette saison est aussi l’occasion d’en apprendre plus sur les origines mystérieuses de John et le tout mène à un cliffhanger où l’on craint le pire pour cette bande de loosers attachants.

Et là, selon le bon vieil adage, c’est le drame. La série est purement et simplement annulée par Comédie! et France 4, qui la diffusait également. Faute d’audience, nous dit-on. Les fans sont au désespoir et on imagine assez bien la surprise ressentie par l’équipe, une bande de potes qui aura dû jongler avec un budget ultra serré depuis la première saison et donc recourir à une bonne dose d’inventivité et de débrouille pour nous livrer un OVNI de cette qualité.

 Opération Pinage

Les fans de la série ne l’entendent pas de cette oreille (ni de l’autre, d’ailleurs). La campagne « Pinage » (cri de ralliement des super-héros comme des fans) est lancée, ainsi que de nombreuses pétitions. Les fans se rassemblent et réclament de tous leurs cœurs de fanboys et de fangirls réunis une troisième saison. Il faudra attendre le mois d’août 2012 pour que France 4 annonce son intention de finalement développer la saison 3 et le mois de décembre pour que cette mise en chantier soit officialisée.

Dès lors, tout s’enchaîne très vite. Le tournage débute au mois de janvier 2013 et coïncide avec la sortie de la première BD Hero Corp : Les Origines (extension de l’univers de la série sous forme des comic books auxquels elle rend hommage, en développement bien avant l’annonce faite par France 4). Le budget est toujours aussi serré (un million d’euros pour l’intégralité de la saison) et l’équipe doit une fois de plus rivaliser d’inventivité pour répondre aux attentes des fans.

Le format de la série change. De 15 épisodes de 26 minutes pour chaque saison précédente, on passe à 35 épisodes de 7 minutes diffusés du lundi au vendredi et qui, mis bout à bout, forment 7 épisodes de 35 minutes chacun. De plus, Hero Corp capitalise sur le succès de la BD et de son univers étendu en développant un volet transmédia ; l’application Hero Corp fait ainsi le lien entre la saison 2 et la saison 3 avant le lancement de cette dernière (une quête journalière permet de débloquer des minis épisodes) et offre tout au long de la diffusion de la saison des vidéos bonus que l’on pourra aussi retrouver sur le DVD.

 La saison 3

Au début de la saison 3, nos super-héros préférés sont séparés en petits groupes et ne comprennent pas très bien où ils sont tombés ni là où ils en sont tout court. Des bêtes étranges rôdent à la tombée de la nuit et entre autres joyeusetés du même genre, les disciples d’un démon à l’aspect franchement dégueulasse souhaitent déclencher l’apocalypse. Bref, le monde connu et inconnu a besoin d’eux.

Hero Corp n’a jamais été une série humoristique. C’est une série très souvent drôle, parfois hilarante, mais l’humour n’est pas le fond de l’histoire. Hero Corp est une série sérieuse et ça se sent encore plus dans cette nouvelle saison. La lutte intérieure de John est au cœur de l’intrigue et comment le spectateur pourrait-il savoir s’il est du côté du bien ou du mal quand notre héros lui-même semble incapable de trouver la réponse à cette question ?

Les liens entre les personnages s’étoffent encore et beaucoup d’entre eux gagnent en profondeur. Mention spéciale à Klaus sur ce point, puisqu’il nous prouve une bonne fois pour toutes qu’il est loin de n’être que le bourrin bourru pour lequel il passe. Quelques invités rejoignent l’aventure, notamment Manu Payet au cours d’une scène sublime de n’importe quoi et Justine Le Pottier, vue dans la web-série Le Visiteur du Futur (Simon Astier apparait d’ailleurs dans la troisième saison de celle-ci), pour une intrigue secondaire qui s’étale sur plusieurs épisodes. Et que l’on se rassure, l’humour est lui aussi au rendez-vous et cette saison nous offre quelques unes des meilleures scènes de toute la série.

La tension monte tout au long de la saison — on ne cesse même de se demander ce qu’il va bien pouvoir arriver de pire aux super-héros à presque chaque épisode — et débouche sur un cliffhanger frustrant. Ce n’est pas tant l’action en elle-même qui est frustrante mais plutôt le fait que l’on ait envie de savoir tout de suite ce qui se passe après. Le hic, c’est qu’on ne sait pas encore comment cette suite nous sera présentée.

 Visitons le futur

Fidèle à mon rôle de voyageur du temps pour Cinématraque et ne supportant pas d’attendre une décision officielle pour que la saison 4 de Hero Corp voie le jour, je saute dans mon T.A.R.D.I.S. et décide d’aller jeter un œil dans le futur. Malheureusement, le point précis dans le temps qui me permettrait de savoir si, oui ou non, une saison 4 existe est devenu fixe. Autrement dit : impossible de m’y poser sans risquer de détruire toute la fabrique de l’Univers.

Je suis donc comme tous les autres fans de Hero Corp : suspendu aux lèvres de Simon Astier et de France 4 ainsi qu’aux tweets du compte officiel de la série, en quête de la moindre information qui me mettra en joie ou détruira tous les espoirs que j’ai en l’humanité. Le Sieur Astier lui-même nous a assuré après la diffusion du final que ce n’était pas la fin de l’histoire et qu’il nous délivrerait celle-ci un jour.

Pour patienter, on peut toujours dévorer le second tome de la BD, (intitulé Chroniques et sorti peu de temps avant la diffusion du final) et apprécier les quelques moments privilégiés que les membres de l’équipe de la série partagent avec les fans, comme la soirée surprise à Lille en compagnie d’Alban Lenoir. Pour avoir eu la chance d’y participer, je peux vous dire que j’ai rencontré un mec vraiment sympa, discutant de tout et de rien et capable d’enchaîner séance photos, dédicaces et petites vidéos pour ses fans tout en allant discrètement régler l’addition. Chapeau bas, monsieur Lenoir, et merci encore.

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Hero Corp et ses fans : une belle histoire d’amour

Hero Corp, saison 3. Série créée par Simon Astier et Alban Lenoir. Avec Simon Astier, Alban Lenoir, Sébastien Lalanne, Agnès Boury. France, 2013, 35 x 7 min.

La saison 3 de Hero Corp a été diffusée sur France 4 du 21 octobre au 6 décembre 2013. Elle est disponible en replay sur www.france4.fr et en DVD depuis  le 10 décembre 2013.

Élevé au rock ‘n’ roll, à Tex Avery, à Calvin & Hobbes et j’en passe, je mets à profit un Tardis retapé par mes soins pour aller glaner dans le futur quelques infos primordiales sur le septième art. Et parfois dans le passé, aussi. J’ai également un Master ès Nanars et Flims en mousse. Je travaille aussi sur une thèse intitulée « Xena: The Rainbow Warrior Princess » et qui vise à décrypter la manière dont sont abordés les thèmes de l’homosexualité et de l’écologie dans « Xena : Princesse Guerrière ». No shit, Sherlock.

7 Comments

  • Répondre décembre 16, 2013

    freyamfh

    C’est clair, t’es passé à côté ! Mais ce qui est dommage, c’est que tu critiques sans même connaitre.

    Merci pour cet article !

    • Répondre décembre 16, 2013

      John C. Leroy

      Mais je t’en prie !

  • Répondre décembre 16, 2013

    Laura

    Fan de la 1ère heure, cette article retranscrit bien mes sentiments sur cette saison 3 et sur la série en générale. (notamment sur la « bonne » frustration)
    Hero Corp est la meilleure série française (pour moi) car elle est inventive, absurde, décalée, non formatée, à double lecture. Et surtout, Simon Astier a su créer des personnages hyper attachants que j’adore !
    Vivement la saison 4 !!!

    Et merci pour cet article !

    • Répondre décembre 16, 2013

      John C. Leroy

      Merci à toi ! Et je te rejoins sur tous les points que tu évoques 😉

  • Répondre décembre 16, 2013

    Guillaum

    Moui… Je n’ai pas vu les premières saisons et donc je comprend que je passe à côté d’un certain nombre de chose en étant pas un fan de la première heure. toutefois la série a de gros gros défaut de construction, de rythme, de scénario etc.
    La série se veut sérieuse mais j’ai eu l’impression qu’elle était écrite par un gamin qui joue aux super héros « et toi tu irais là et moi je serais le méchant » et l’humour est plus ou moins du même niveau.

    • Répondre décembre 16, 2013

      John C. Leroy

      Une question me vient : pourquoi regardez la 3ème saison sans avoir regardé les deux premières ? La série forme un tout cohérent et, oui, tu passes à côté de bon nombre de choses.
      Pour ce qui est de la construction et du rythme, le seul souci que je peux y trouver est le découpage en petits épisodes. Il est probable que ce soit une contrainte donnée par France 4 et son studio « transmédia », Studio 4.0 (si mes souvenirs sont bons sur le nom). Le rythme en est forcément affecté. En revanche, je ne peux que te contredire sur le scénario. On se demande durant toute la saison où tout ce qui passe va mener les personnages, ainsi que nous, les spectateurs. Les liens avec les saisons précédentes sont clairement établis.
      Pour ce qui est de l’humour de la série, je comprends qu’il ne parle pas à tout le monde. Personnellement, j’adhère et j’en redemande.
      Et pour répondre à un dernier point : quel gamin n’a jamais eu envie de jouer aux super-héros ? Ce qui est intéressant ici est la manière d’aborder le sujet : des super-héros loosers qui doivent dépasser leur condition pour sauver d’abord leurs miches (les premières saisons) puis le monde. Le dépassement de soi est une thématique qui me parle beaucoup, donc mes propos sont bien entendu très subjectifs =)

      • Répondre décembre 16, 2013

        Guillaum

        Et bien je l’ai vu parce qu’elle passe à la télé sur une chaîne que je capte à une heure où je suis devant la télé (contrairement aux saisons précédente). Plus sérieusement, la chaîne et les fans ont fait beaucoup de pub pour cette troisième saison et donc ça attire forcément un nouveau public (moi par exemple). Pourtant malgré le changement de format, de chaîne et éventuellement de spectateur, Hero Corp fait peu d’effort d’exposition des personnages et des enjeux. La majorité des séries peuvent être attrapées bien après la saison 1, c’est même assez marrant de recoller les morceaux quand on débarque en cours de route. Ici c’est très difficile de s’attacher à John qui se comporte comme un gros connard 90% du temps mais que bizarrement tous les autres personnages adorent.
        Au niveau de la construction de la série, on se perd dans pas mal de sous intrigues qui finissent en impasse (la journaliste joué par Justine Le Pottier) tandis que d’autres traînent affreusement en longueur (mi-bête mi-Mique). La série traîne aussi un fardeau de personnages qui ne servent à rien mais qu’il fallait bien caser genre Valur. Vu le format très court j’aurais sûrement plus accroché si tout n’avait pas été aussi dilué.
        Pour finir, la série a eu beaucoup de mal à me faire sourire : 50% des blagues sont un peu éculées (« c’est ta soeur ? Ma soeur de couvent ! ») ou basée sur le fait que les héros sont des losers et que toutes leurs actions/projets échouent (si, il y a quand même un truc qui m’a fait rire c’est Claudine).
        La série sert très bien sa fanbase mais elle est décevante pour les autres (et je suis vraiment indulgent en matière de série en temps normal).

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