Les Rencontres d’après minuit, électro-choc du cinéma français

Ils sont six à être conviés à une orgie sexuelle le temps d’une nuit, pour raviver le désir éteint en eux. Chacun d’eux arrive, pour la plupart affublé d’un surnom*, et va ployer successivement sous le poids de ce qu’il représente. Étouffé par son histoire, ses propres démons ; las ou fatigué de n’avoir pas su jouir. Tous résistent, emblèmes, anges déchus que raniment, de loin en loin, les miasmes d’un bonheur fané.

D’amour en groupe, il en sera largement question, débattu, tels les convives dressant un banquet qui ne viendra jamais. Les corps sont désirés, auscultés, le plaisir sans cesse reporté. Car les préparatifs exhibent un théâtre de pantins désincarnés, la communion de morts-vivants en manque de chair. Mais loin de se résumer à un huis clos dépressif, Les rencontres d’après minuit crée des embardées oniriques, se risque à une démesure baroque emplie d’une sourde beauté. Le film se coule dans une oralité froide et théorique, trouées d’interludes électroniques ressemblant à des stases hypnotiques.

Le récit est nu, distendu. Les personnages se vident de leurs fonctions, activant des bulles temporelles situées dans les zones frontalières du rêve et du fantasme. Chez Yann Gonzalez, la pulsion active le désir, le sexe étant à la fois un horizon et une chimère, un souvenir ressuscité sous d’autres formes. La parole prolonge cette voie secrète, à la fois organique et abstraite : elle trace un lien érotique à l’autre, déploie un passé traumatique. Question passionnante : d’où viennent, où vont les pulsions ? Que devient un emblème vidé de son enveloppe ? Le cinéaste est tous ses personnages, entremêlant pulsions et fantasmes en une matière première. Ce film grouillant d’idées comme autant de secousses sismiques libère le cinéma français de son entre-soi ancestral.

* L’Étalon, La Chienne, La Star et l’Adolescent.

Les rencontres d’après minuit, Yann Gonzalez, avec Kate Moran, Niels Schneider, Nicolas Maury, Éric Cantona, France, 1h31.

Cousin lointain de Christophe Lambert. Aime Rosetta, Caroline Proust, la 3-D et les fondus enchaînés. S’enivre de films noirs. Devient tout vert quand on lui parle de Lars von Trier. Chasseur de têtes, rayon critique, fétichiste du texte, surtout ceux des autres.

1 Comment

  • Répondre novembre 24, 2013

    jsma

    Vous trouvez qu’on sort de « l’entre-soi »? Je n’ai pas eu cette impression en voyant le film: on est dans un cercle de gens élégants, les acteurs viennent tous du cinéma d’auteur à l’exception de Cantona, qui n’a que son membre à offrir à ses hôtes. L’exemple de Cantona est intéressant parce qu’il reflète bien la fausse générosité du film: la partouze imaginaire veut se donner un côté « open » en accordant un droit d’entrée l’ex-footballeur mais le pauvre n’a rien à jouer, on finit même par le mettre en cage, comme s’il fallait absolument domestiquer sa virilité (ce qu’il finit par faire quand il range son membre dans son pantalon). Tous les autres personnages sont des dandys qui se délectent de mots, distillent la poésie un peu facile de Yann Gonzalez et dansent sur l’électro de son frère (m83). C’est un film de pure pose, où le plaisir est réservé à quelques happy few, on est bien entre soi et on le reste, même lorsque la Mort vient frapper à la porte. J’en dis un peu plus sur alphaville60@overblog.com.

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