La Vénus à la fourrure : la lutte des sexes selon Polanski

Nos notes

La Vénus à la Fourrure signe le grand retour de Roman Polanski. Radicalisant le dispositif de l’adaptation théâtrale proposé dans Carnage, il limite son film à un lieu, le théâtre, et à la direction de deux comédiens. Sans doute est-il, avec Alain Guiraudie, le cinéaste qui a le mieux montré, à Cannes – où le film était en sélection officielle –, ce qu’était filmer un espace. Polanski exploite toutes les potentialités d’un décor lui permettant de dynamiser son récit ; il démontre, comme l’ont fait Bergman ou Von Trier avant lui, que filmer une scène de théâtre, ce n’est pas forcément faire du théâtre filmé.

On peut ne pas être touché par le film, mais au moins faut-il reconnaître que Polanski reste l’un des grands cinéastes de l’époque. Loin de se limiter à un exercice de style, le réalisateur français d’adoption propose avec La Vénus à la Fourrure une réflexion sur le pouvoir, la soumission et la domination tout en adressant une déclaration d’amour à sa femme, Emmanuelle Seigner. Tout, ici, va dans le sens d’un rapport sur l’impossible égalité homme-femme. Une égalité que Polanski rejette, celle-ci poussant, à ses yeux, à nier les différences entre les sexes, et à simplifier pour le pire la belle complexité des rapports humains. Le cinéaste avance qu’une séparation est la traduction d’un équilibre rompu, et la fin d’une passion, celle d’une bataille. Car, qu’il s’agisse d’un couple, d’un cinéaste dirigeant son actrice ou, plus généralement, du rapport entre les sexes, les relations ne s’enrichissent qu’à la faveur d’une lutte continuelle. Si Polanski se défend de livrer ici le récit allusif de sa propre vie, il produit pourtant un certain nombre d’éléments troublants. S’il avait déjà fait jouer sa femme dans ses films, il affuble ici Mathieu Amalric d’une coiffure et de postures très semblables aux siennes. Difficile, après une fin en forme de clin d’œil au Locataire, de ne pas percevoir ici l’admiration et la peur que représente pour lui le charisme de sa belle. La crainte de se faire dévorer par sa moitié, qu’il tente de contrôler en la gardant prisonnière de cet étrange théâtre.

La Vénus à la fourrure, Roman Polanski, avec Emmanuelle Seigner, Mathieu Amalric, France, 1h30.

Verdict ?

Après un parcours scolaire chaotique et pas mal de soirées vidéo bis, je me réfugie à l’université pour y faire grève et bouffer du film. Je m’y passionne pour la critique et l’écriture de scénario. Depuis, je m’efforce de trouver du boulot là où il est question de ciné. Après La Cinémathèque Française et UniversCiné et des collaborations aux Fiches du Cinéma et Culturopoing, je pris goût à l’ivresse du pouvoir, en 2012, en co-fondant Cinématraque. Je collabore également à La 7e Obsession.

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