Inside Llewyn Davis, une balade filmique en forme de Lolcat

Nos notes

Inside Llewyn Davis est de ces vins qui résistent au palais : ceux-là mêmes dont on ne sait jamais s’il s’agit d’une bonne petite cuvée ou d’une aimable piquette. Il faudrait sans doute plus d’une vision pour savoir de quoi il retourne. Pour l’heure, l’impression est celle d’avoir été trompé par la couleur de la robe et l’on se demande si, une fois encore, les frères Coen ne seraient pas retombés dans les travers de leur système : un soin maniaque apporté au cadre et à l’image (on ne compte pas les plans magnifiques), des apparitions spectrales et cette légère brise surréaliste qui souffle sur leurs films. Une recette qui a fait ses preuves, mais qui peut aussi agacer, surtout qu’ici le film en rappelle un autre, Barton FinkInside Llewyn Davis semble ne rien ajouter à leur chef-d’œuvre, récompensé à Cannes voilà plus de 20 ans.

Mais comme on a plaisir à reprendre le même vin cheap et formaté au supermarché du coin – qui parvient à faire bonne impression en soirée – Inside Llewyn Davis reste en bouche, grâce à la sympathie émanant des histoires et des personnages des frères Coen. Ici, non pas Llewyn Davis, mais sa maîtresse Jean et, plus étonnamment, les chats qui peuplent le film. Si ceux-ci dominent désormais l’internet, ils se seront également taillés une place de choix dans l’histoire du cinéma. Entre Le Privé de Robert Altman, Breakfast at Tiffany’s de Blake Edwards, ou encore La Nuit Américaine, leurs apparitions impriment la rétine des spectateurs. Dans Inside Llewyn Davis, c’est sans doute la plus furtive de celles-ci qui attire l’attention. Sous les phares de la voiture qui a pris en stop le héros, un chat roux (comme le sont les autres chats du film, laissant à penser qu’il s’agit du même) traverse la route et se fait écraser, sans que son corps puisse être retrouvé. Une vision à la lisière du fantastique, qui sied bien à la gent féline et aux films des frères Coen. Et puis il y a Jean, donc, interprétée avec grâce par Carey Mulligan. Loin des paillettes, de la 3D et des effets numériques qui ont permis à Baz Luhrmann de jouer avec le corps de la belle, les Coen la filment sans effets. Chose rare, elle y apparaît les cheveux long ; son corps frêle se révèle, ses rides aussi, et jamais son air calme et las n’avait semblé si bien rendu. Loin pourtant d’être aussi fragile que ce que suggère son image, son personnage est une force de caractère, peinant à garder pour elle sa colère. Actrice discrète, elle a été saluée à Cannes pour Gatsby le magnifique, alors que son jeu se révèle véritablement dans Inside Llewyn Davis. Si vous n’êtes pas encore tombés amoureux d’elle, ce film saura faire chavirer votre cœur.

Inside Llewyn Davis, Ethan & Joel Coen, avec Oscar Isaac, Justin Timberlake, Carey Mulligan, États-Unis, 1h45.

Verdict ?

Après un parcours scolaire chaotique et pas mal de soirées vidéo bis, je me réfugie à l’université pour y faire grève et bouffer du film. Je m’y passionne pour la critique et l’écriture de scénario. Depuis, je m’efforce de trouver du boulot là où il est question de ciné. Après La Cinémathèque Française et UniversCiné et des collaborations aux Fiches du Cinéma et Culturopoing, je pris goût à l’ivresse du pouvoir, en 2012, en co-fondant Cinématraque. Je collabore également à La 7e Obsession.

1 Comment

  • Répondre novembre 9, 2013

    Benjamin

    Détrompe-toi, mec: le vin cheap et formaté du supermarché du coin ne fait plus – depuis longtemps – bonne impression en soirée. Quant à Carey Mulligan, elle est très bien mais on la voit très peu.

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