[Ciné-club 6] Andorre ou l’inquiétante perfection

Récemment, se tenait la sixième édition du ciné-club de Cinématraque. Pour l’occasion, nous recevions Virgil Vernier, qui nous faisait l’amabilité de venir présenter deux de ses films les plus récents, Andorre (20′) et Orléans (58′), chroniqué dans nos colonnes lors de sa sortie en salles. Chaque mois, nous profitons du ciné-club pour inviter un spectateur à rejoindre la team Cinématraque. Cette semaine, nous souhaitons la bienvenue dans nos colonnes à Delphine Benroubi, qui nous livre sa critique d’Andorre.

Une succession de plans fixes, sans paroles, accompagnée d’une musique électronique sombre et majestueuse : Andorre de Virgil Vernier est décidément un film d’ambiance.

Les premières images du film nous présentent Andorre au premier degré. Virgil Vernier nous dépeint un centre commercial grandeur nature où l’on achète des cigarettes et de l’alcool détaxés, où l’on peut faire du ski et se reposer, et où tout est propre, soigneusement rangé. Ce lieu est organisé autour d’un centre de bien-être, une tour de verre, tel un cristal, sortie d’un livre de SF des 1970’s.

Le talent du réalisateur réside dans le fait de juxtaposer toutes ces images, et de les souligner par une musique oppressante. L’esthétique employée place le film hors du temps et apporte une touche obsolète qu’on ne peut précisément dater.

Se dégage alors une ambiance pesante, inquiétante, insidieuse. Le bien-être justement, une injonction étrange, où chacun doit être en bonne santé, où la criminalité n’existe pas, où chaque humain ressemble à son prochain. Ce troupeau d’individus qui regardent tous dans le même sens, et prennent des bains tous ensemble. Il ne manque plus qu’un leader à suivre aveuglément.

Le leader ici n’est pas incarné, mais semble intégré au décor. S’agirait-il du consumérisme, de la santé parfaite, ou tout simplement du vide ? Le vide comme rempart à l’autre.

Ce lieu de perfection, ce paradis fiscal, parfaitement retranscrit par Virgil Vernier, ne présage rien de bon, et nous sommes heureux de n’en être que spectateurs.

Andorre, Virgil Vernier, 20 min.

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