[L’Étrange Festival] Snowpiercer – Le Transperceneige, billet de seconde classe

2031. Alors que la Terre n’est plus qu’une étendue neigeuse et glacée, les humains survivants ont pris place à bord d’une arche : un train gigantesque qui parcourt le globe à toute allure, condamné à ne pas s’arrêter, sous peine de signer l’arrêt de mort de l’humanité.

Snowpiercer – Le Transperceneige est adapté du roman graphique créé par les Français Jacques Lob et Jean-Marc Rochette en 1982. Un récit post-apocalyptique dans lequel les disparités sociales sont transposées à bord d’un train, lequel renferme ce qu’il reste de l’humanité. Les miséreux entassés dans les wagons de queue, les riches à leur aise dans les wagons de tête : on a connu métaphore plus subtile des rapports de classe. Évidemment, les plus pauvres, brimés et exploités en permanence, ne vont pas tarder à se révolter.

Intrigue compartimentée

L’entrée en matière est plutôt laborieuse. Même s’il offre quelques beaux plans en clair-obscur, Bong Joon-ho semble gêné dans la mise en image des wagons arrières, sombres et sales, où la caméra elle-même paraît à l’étroit. Il faut attendre que l’intrigue prenne le chemin des compartiments annexes pour que le film gagne en densité. La lumière et les couleurs investissent les décors. Comme dans un jeu vidéo, chaque wagon traversé réserve son lot de pièges, de surprises et de personnages ténébreux ou fantasques. Sur ce dernier point, Tilda Swinton sort le grand jeu, et apporte un contrepoint comique bienvenu.

La chair souffre

La progression des personnages dans ce huis-clos mobile est une odyssée désespérée, à l’issue incertaine. Elle l’est d’autant plus que les scènes d’action sont parfaitement maîtrisées (ce qui n’est pas une surprise, en regard des précédents films de Bong Joon-ho) : les coups portés font mal, la chair souffre, les warriors ont des bleus à l’âme et au visage, et l’on trépasse dans les deux camps en faisant allègrement grimper le body count. La séquence de baston la plus mémorable est d’ailleurs celle qui laisse entendre le bruit des coups assénés sans les noyer sous un flot de musique, ni agiter la caméra frénétiquement.

Dystopie convenue

Snowpiercer – Le Transperceneige contient un grand nombre de séquences marquantes et c’est sans doute avant tout dans cette imagerie – que ne renierait pas un Terry Gilliam – que réside l’intérêt du film. Car, sur le plan métaphorique, le programme malthusien de cette dystopie est relativement convenu. L’interprétation est quant à elle inégale. Si Song Kang-ho (déjà engagé par Bong Joon-ho pour Memories of Murders), Tilda Swinton ou Jamie Bell donnent corps à leurs personnages, les épaules de Chris Evans, toutes musclées qu’elles soient, n’étaient peut-être pas les plus solides pour soutenir l’ambition de cette adaptation.

Snowpiercer – Le Transperceneige, Bong Joon-ho, avec Chris Evans, Song Kang-ho, Ed Harris, Tilda Swinton, États-Unis/Corée du Sud/France, 2h05.

Je suis cinéphage, avec un appétit particulier pour les films de genre. Je fais rarement la fine bouche, je ne dis pas « je n’aime pas » tant que je n’ai pas goûté, et je peux même me régaler de films que beaucoup trouveront indigestes. Mon péché mignon : le cinéma horrifique italien. Mes recettes préférées : celles du chef Dario Argento. Et quand je ne m’attable pas devant un film, je suis journaliste.

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