Histoire de ma mort, d’un ennui tuant

Casanova engage un nouveau serviteur qui assistera aux derniers instants de sa vie, quelque part vers la Roumanie du XVIIIe siècle. Non loin de chez Dracula.

Histoire de ma mort a quelque chose d’alléchant sur le papier, avec cette promesse de rencontre improbable, à la Alien vs Predator, entre le célèbre érotomane stakhanoviste et le zélé suceur de sang des Carpates. Mais ça, ce serait mal connaître Albert Serra et son œuvre. Le réalisateur espagnol est très économe en dialogue et, à côté de ses précédents longs métrages, celui-ci est des plus bavards. Ces mots comptés contribuent à renforcer la dimension fantastique d’un film navigant entre rêve et cauchemars et ce n’est pas plus mal.

Crispation

Le souci, c’est que Histoire de ma mort, qui sort en toute discrétion ce mercredi, est la caricature du film de festival – il a d’ailleurs reçu le Léopard d’or à Locarno cette année : soit une œuvre contemplative (où il n’y a pas forcément grand-chose à contempler), privilégiant les plans fixes, qui durent, qui durent, qui durent et qu’on endure. Une radicalité qui, dans le cas présent, provoque l’agacement lorsqu’elle n’est pas source d’ennui. La crispation atteignant son comble lorsque le Casanova-fin-de-série laisse échapper de sa bouche un chapelet de petits rires grotesques à côté desquels ceux de feu Thierry Roland sont une mélodie enchanteresse.

Ersatz de plaisir

L’action – l’inaction, dirait quelqu’un de mauvaise foi – s’étale et s’étire durant deux heures et vingt-huit interminables minutes. Et, s’il faut reconnaître que certains plans, parfaitement composés sont de toute beauté, il est à déplorer qu’Albert Serra semble attacher davantage d’importance à donner à son film la forme la plus hermétique possible, condamnant le spectateur à n’en retirer qu’un infime ersatz de plaisir. Un comble pour un film mettant en scène l’un des personnages les plus hédonistes de l’histoire.

Histoire de ma mort, Albert Serra, avec Vicenç Altaió i Morral, Lluis Serrat Masanellas, Noelia Rodenas, Espagne/France, 2h28.

Je suis cinéphage, avec un appétit particulier pour les films de genre. Je fais rarement la fine bouche, je ne dis pas « je n’aime pas » tant que je n’ai pas goûté, et je peux même me régaler de films que beaucoup trouveront indigestes. Mon péché mignon : le cinéma horrifique italien. Mes recettes préférées : celles du chef Dario Argento. Et quand je ne m’attable pas devant un film, je suis journaliste.

Be first to comment